Deuil compliqué : comment le reconnaître ?

Le deuil est un processus psychologique adaptatif qui nous aide à faire face à un choc qu’on vient de subir. Si chaque deuil reste particulier, puisqu’il dépend de la personnalité de chacun et du lien qu’on avait avec le défunt, il se déroule selon un processus qui comporte plusieurs phases. Chez certains endeuillés, il fait également surgir de grandes souffrances, qui vont jusqu’à les empêcher de vivre normalement. On parle alors de deuil compliqué.

Le deuil compliqué : c’est quoi ?

Il est communément admis qu’un deuil dure plus ou moins une année, puis laisse petit à petit place à une pensée plus apaisée et moins douloureuse. Ce processus psychologique comprend plusieurs étapes (choc, déni, colère, tristesse, résignation, acceptation et reconstruction) qui se succèdent à des rythmes différents selon chacun. « La réalité est subtile et ce cheminement vers l’acceptation peut être plus long sans qu’il y ait matière à s’inquiéter, prévient Elisabeth Aubret, psychopraticienne. Il faut accepter la douleur, accepter d’avoir mal. C’est absolument normal ! Le deuil peut s’accompagner de larmes, de colère, d’épisodes dépressifs, d’une profonde tristesse mais ce qui importe, c’est d’avancer dans son cheminement », souligne la spécialiste. On parle toutefois de deuil compliqué lorsqu’il est accompagné d’une souffrance intense, persistante dans le temps.

Il existe 3 types de deuil compliqué :

  • Le deuil différé : il n’intervient pas immédiatement à la suite du décès d’un proche car le processus de deuil est retardé par le déni de la réalité. C’est le cas chez les personnes qui décident de maintenir la présence du défunt dans leur quotidien, comme une chambre d’enfant qui sert de “sanctuaire” pour se recueillir par exemple.
  • Le deuil inhibé : il est caractérisé par l’intériorisation des émotions liées au décès. Les endeuillés qui traversent un deuil inhibé refusent de se confronter à la réalité. Ils déclenchent eux-mêmes le processus de deuil lorsqu’ils doivent faire face à un  rappel conscient ou inconscient de la perte d’un proche.
  • Le deuil prolongé ou chronique : la réalité de la perte génère les mêmes souffrances, plusieurs années après le décès d’un proche.  Les dates d’anniversaire sont vécues comme douloureuse et l’évocation du défunt provoque toujours une grande tristesse. La version révisée du DSM-5 a récemment caractérisé le deuil prolongé par “des symptômes de dépression surviennent toujours dans les six mois suivant le décès d’un proche et douze mois s’il s’agissait d’un enfant”. Toutefois, cette définition fait débat.

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Les signes caractéristiques du deuil compliqué

Plus long et plus intense d’un deuil normal, le deuil compliqué s’accompagne de troubles significatifs. On note chez la personne endeuillée des “symptômes” caractéristiques.

Les signes physiques et psychologiques

  • Au niveau physique, le deuil compliqué peut être responsable de problèmes de santé persistants comme des insomnies ou une perte/prise de poids significative par exemple.
  • Sur le plan psychologique, on remarque un isolement majeur de la personne en deuil, qui va s’enfermer dans une vision pessimiste de la vie. Elle ne peut plus continuer à vivre sans le défunt. Elle peut également développer une hostilité vis-à-vis des autres. Cette rupture avec son environnement social et affectif peut faire survenir des symptômes de stress post-traumatique, qui réduit les possibilités de surmonter le deuil.

“La personne va tout rapporter au défunt, ne parler que de lui, le plus souvent au présent, et perdre le lien avec les autres, avec l’extérieur, le défunt prenant tout l’espace. Peu à peu, elle va se replier sur elle-même, se détacher du monde extérieur, ressentir des difficultés voire l’impossibilité de se projeter dans l’avenir”, explique Elisabeth Aubret.

Le développement de comportements dangereux

Le deuil compliqué peut aussi se traduire par des comportements nuisibles. Dans la vie quotidienne, (privée mais également professionnelle), la personne en deuil peut être responsable d’actes d’auto-sabotage. Il n’est pas rare que la personne endeuillée développe également des addictions (alcool, nourriture, drogues). Enfin, les pensées suicidaires et une manifestation de l’envie de mourir accompagnent généralement ces comportements.

Pour la psychopraticienne, « il y a lieu de s’inquiéter quand ce type de troubles se multiplient car c’est un cercle vicieux. Un trouble en engendre un second puis un troisième… De même, quand la personne donne l’impression de stagner dans son deuil, puis de régresser, il faut s’interroger. »

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Les facteurs qui conduisent au deuil compliqué

Le deuil compliqué peut être exacerbé par plusieurs facteurs liés au décès :

  • Si la perte est brutale, inattendue et violente. Le deuil compliqué est généralement plus récurent suite à un décès par suicide et par homicide par exemple.
  • Il l’est également en fonction du lien avec le défunt. Lorsqu’on perd un proche avec lequel nous étions fusionnel ou, au contraire, lorsque la relation avec le défunt était compliquée et que certains différends n’ont pas été réglés. « Souvent le proche a l’impression qu’en faisant son deuil, il va couper le lien avec le défunt. En souffrant, il reste en lien avec lui. Guérir reviendrait à le trahir, le perdre ! Or, en cheminant vers l’acceptation, on ne perd pas ce lien, on recrée un lien de qualité, plus apaisé et plus sain. » conclut Elisabeth Aubret.
  • Le deuil compliqué est fréquemment observé dans le cadre d’un environnement social et affectif qui n’apporte aucun soutien. Si les proches de la personne endeuillée ne sont pas présents pour l’accompagner ou si les obsèques du défunt ont été particulièrement éprouvantes.

N’hésitez pas à avoir recours à une thérapie (EMDR, ICV, Art thérapie, EFT) si vous en ressentez le besoin.

Que faire pour aller mieux dans le cadre d’un deuil compliqué ?

L’accompagnement par un professionnel de santé s’avère utile et même souhaitable dans le cas d’un deuil compliqué. Vous trouverez des spécialistes du deuil sur notre site.

Dans certains cas, le suivi médical peut passer par la prescription d’antidépresseurs et un accompagnement psychologique pour exprimer sa souffrance. On peut choisir de suivre une psychothérapie individuelle. Elle permet d’avancer à son rythme et d’être soutenue à chaque étape de son deuil. Il est aussi possible de se tourner vers une psychothérapie de groupe. Ces groupes de parole ou d’entraide réunissent des personnes endeuillées et donc, vivant la même expérience.