Art thérapie & deuil : un chemin vers l’apaisement

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@Valérie Titova @Unsplash

L’art thérapie, c’est quoi ?

Parmi toutes les thérapies qui aident à traverser un deuil, à soulager la peine, l’art-thérapie offre un espace d’écoute, d’expression et de création. Ce n’est ni loisir, ni un passe-temps, encore moins un cours. L’art-thérapie est bien une pratique de soin qui utilise le processus de création artistique pour prendre contact avec ses émotions, ses blocages, sa souffrance…

L’objectif est de pouvoir exprimer tous ces sentiments pour les transformer et les soulager, en respectant le temps de deuil de chacun. Il n’est pas question non plus de se préoccuper de l’apparence et de la qualité de l’œuvre finale. Seul compte le processus de création qui fonctionne comme une passerelle avec celui du deuil. Chacun va à son rythme, avec douceur et bienveillance. En art-thérapie, de nombreux modes d’expression artistiques sont possibles : peinture, dessin, modelage, danse, expression corporelle, musique, théâtre, etc.

Pour William Charillat, art thérapeute : « l’art-thérapie, c’est aussi faire un pas de côté qu’on ne se permettrait pas chez soi : crier, hurler, se jeter à terre, colorer tout un mur… pour extérioriser sa peine. »

A qui s’adresse cette pratique ?

L’art-thérapie, pour accompagner un deuil, convient à tout le monde, y compris aux enfants et aux adolescents. Cette pratique est aussi indiquée pour les personnes qui ne se sentent pas à l’aise à l’oral, qui peinent à verbaliser leur douleur, à relier leurs émotions aux mots. Elle convient aussi très bien aux personnes qui maîtrisent mal la langue française. « L’art-thérapeute n’a pas besoin de tout comprendre, insiste William Charillat, l’objectif est que la personne endeuillée puisse s’exprimer et se libérer via le mode d’expression choisi. Si certains sont rigides à l’idée de consulter un art-thérapeute pensant qu’ils ne sont pas artistes, il faut les rassurer : nous ne cherchons pas le beau. »

Si vous avez besoin de soutien : l’ICV, la sophrologie, l’emdr les groupes de parole de deuil ou l’EFT peuvent vous aider.

Comment se déroule une séance d’art thérapie ?

Avant tout, l’art thérapie est une prise en charge personnalisée qui se déroule en séance individuelle ou en groupe.

Le premier contact, par téléphone ou en face à face, permet de faire connaissance. C’est très important pour « sentir » si le thérapeute est la bonne personne pour vous aider. Si vous ne vous sentez pas à l’aise, mieux vaut vous tourner vers un autre professionnel.

Lors de la première séance, le thérapeute vous invite à parler de votre vécu du deuil, du défunt, de vos souvenirs, de votre relation avec lui, des raisons qui vous poussent à venir en atelier d’art-thérapie.

Un atelier dure entre 1h15 et 2 h et se découpe en trois temps.

  • Pour commencer, le praticien vous invite à lui faire part de vos émotions du moment, de ce que vous avez ressenti entre deux séances.
  • Puis, ensemble, vous allez définir l’objectif de la séance. Le deuxième temps est consacré à la pratique. L’art-thérapeute peut vous proposer un mode d’expression artistique mais le plus souvent, c’est vous qui décidez en fonction de vos envies, de votre état émotionnel. Il peut aussi soumettre un thème pour la séance, vous guider ou vous laisser entièrement libre de vous exprimer comme bon vous semble. Le but est vraiment de vous laisser aller !
  • Enfin, un dernier temps d’échange va clore l’atelier. Le praticien vous engage à faire le point sur vos sensations, sur des éléments qui vous ont marqué pendant les exercices. Puis, ensemble, vous regarderez l’oeuvre créée dans le but de lui donner son sens dans le processus de transformation.

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Deuil : quels sont les bénéfices de l’art thérapie ?

L’art-thérapie offre un temps et un espace de cheminement personnel, de métamorphose quel que soit l’étape du deuil (choc, déni, état dépressif, reconstruction, acceptation). La bienveillance, l’humilité et la qualité d’écoute de l’art-thérapeute sont donc essentiels. En mobilisant vos images intérieures, en les transformant en création, vous libérez des émotions enfouies. Peu à peu, vous allez humaniser la perte, la rendre plus supportable, honorer votre proche disparu et vous remettre en mouvement, pas après pas, création après création.

Le chemin est long certes, mais chaque séance d’art-thérapie est une étape dans ce rite de passage vers l’apaisement et la reconnexion à soi. «

Ce qui nous intéresse, c’est avant tout l’expression, l’élan, la création d’un nouveau lien avec soi-même, avec la personne disparue et avec l’entourage. L’art thérapie facilite l’expression dans chaque étape du deuil et donc le cheminement. Elle permet aussi de découvrir qu’on est tous créateur de ce monde, de notre monde et par conséquent, que nous avons le pouvoir de le modifier. » précise William Charillat.

Combien ça coûte ?

Les tarifs varient de 40 € (en province) à 100 € (à Paris), avec une moyenne de 50-60 € la séance. L’art-thérapie est, en général, une thérapie plutôt courte. Comptez entre 3 et 10 séances.

Où et comment trouver un bon thérapeute ?

Il est essentiel que vous choisissiez un professionnel d’art thérapie qualifié et certifié pour vous accompagner dans votre deuil. Il existe des formations reconnues, des DU (diplôme universitaire) d’arts thérapies, des masters professionnels d’arts thérapies et des Certificats professionnels. Dans tous les cas, méfiez-vous des formations de moins de 150 h. et sans stage.

Le Syndicat Français des Arts Thérapeutes (anciennement Fédération Française des Arts Thérapeutes) compte un millier de professionnels (libéral ou associatif), tous tenus à une formation de 200 h minimum et régis par un code de déontologie. Les critères de sélection du SFAT sont extrêmement exigeants quant à la formation et à la pratique en nombre d’heures, certains arts thérapeutes ne peuvent pas y répondre même si leur qualité est reconnue. C’est, par exemple, le cas des débutants qui n’ont pas encore fait assez d’heures.

Le bouche à oreille est enfin un bon critère de sélection. William Charillat précise : « Il ne faut pas hésiter à changer d’art thérapeute si on ne se sent pas en confiance. La réussite de la thérapie en dépend. On peut tout à fait demander une séance découverte avant de se décider. Ne pas hésiter à poser des questions en amont, sur la formation et la spécialité de l’art thérapeute. Enfin, méfiez-vous des séances de moins d’une heure. »

William Charillat exerce à Strasbourg. Passionné de théâtre depuis l’enfance, il s’est formé à l’école ‘Premier Acte’ de Villeurbanne. Après le décès soudain d’une amie, il prend conscience des vertus thérapeutiques du théâtre et part se former à Montréal et Toronto. A son retour en France, il continue ses études en tant qu’aide-soignant (2013) puis suit une formation en Art thérapie l’EEPSSA près de Strasbourg (Lipsheim), spécialité théâtre.

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