Belgique : les toutes premières pompes funèbres dédiées aux bébés

Il faut un coeur de maman pour bien accompagner les familles qui perdent un bébé”, déclare An Andries, qui a fondé en Belgique un établissement hors du commun pensé à cet effet, les premières pompes funèbres pour bébés. Après des études de japonais et une première carrière dans le monde de la télévision au Japon et en Belgique, elle s’est reconvertie dans le secteur funéraire à la suite du décès de sa maman. “Avoir pu préparer avec elle ses funérailles à venir et disperser moi-même ses cendres m’a donné beaucoup de paix par la suite”.

Une approche féminine du métier

An a d’abord travaillé au sein d’une grande enseigne de pompes funèbres, mais elle y a vite ressenti les limites d’un environnement trop commercial :

Je me sentais déjà particulièrement touchée par cette thématique du deuil périnatal. Si on veut offrir du temps à ces parents, c’est vu comme un manque à gagner. J’avais beau être très appréciée par les familles, la société qui m’employait m’a licenciée au bout de trois ans. Le funéraire est un milieu très axé business et masculin, je voulais développer une approche différente.

Un projet pionnier pour les familles frappées par le deuil périnatal

En mai 2019, elle fonde à Leuven sa propre entreprise, baptisée Nooit Vergeten (que l’on peut traduire par “Jamais oubliés” ou encore “Ne jamais oublier”). Un projet pionnier puisque c’est la toute première pompe funèbre de Belgique spécialisée dans les funérailles des “bébés étoiles”. Le concept est présent sous une forme un peu différente aux Pays-Bas – où l’accompagnement du post-partum est très développé – mais il est encore sans équivalent en France.

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Nooit Vergeten est situé en Belgique flamande, mais accompagne parfois des familles venues des autres régions du pays ou des Pays-Bas. Polyglotte, An Andries s’adapte aux différents contextes culturels ou religieux.

Urne, cercueil, décoration… Dans ces pompes funèbres, tout est pensé pour le bébé et leurs parents

An met beaucoup de soin à dénicher des urnes pour bébé, des petits cercueils et des décorations adaptés, aussi jolis et personnalisables que possible. Mais au-delà de son catalogue d’articles, c’est son engagement à offrir un véritable accompagnement qui la distingue des établissements classiques :

Comment se sent la maman, émotionnellement et physiquement ? Comment s’est déroulé son accouchement ? Le papa trouve-t-il sa place ? Y a-t-il une fratrie, des grands-parents à impliquer ? Je me penche toujours sur ces questions. Les couples qui perdent un bébé sont plutôt jeunes, la plupart ont entre 20 et 35 ans. Certains n’ont encore jamais rencontré la mort et le premier corps qu’ils voient est celui de leur bébé… Pour la maman, c’est souvent un peu plus naturel de le porter ou de lui donner des petits soins, les papas ont parfois plus de mal à oser faire ces gestes. Je guide ceux qui en ont besoin.

Un lieu doux pour inscrire l’enfant dans l’histoire familiale

“En l’honneur d’Aster, pour toujours dans notre coeur !” Les parents d’Aster ont pu passer du temps avec leur fille dans leurs bras, avant la cérémonie.

L’originalité de Nooit Vergeten est d’offrir à ces couples un temps et un espace précieux avant les funérailles pour leur permettre de se sentir parents et d’inscrire leur petite étoile dans les liens familiaux.

An a imaginé pour cela un cadre intime et chaleureux. Elle accueille les bébés et leurs proches dans un véritable petit cocon : la maison familiale où elle a passé sa jeunesse, dont elle a équipé deux chambres (bientôt une troisième) de berceaux réfrigérés. Un système venu d’Angleterre (Cuddle Cot™), qu’elle propose également à la location pour les hôpitaux et les parents souhaitant accueillir leur enfant chez eux.

Pendant quelques jours, jusqu’à une semaine, ces familles peuvent ainsi veiller leur bébé décédé et créer des souvenirs avec lui.

Tisser des souvenirs facilite le deuil

Cet espace-temps inédit laisse émerger des gestes dictés par le coeur : prendre le bébé dans ses bras, le baigner, le présenter à sa famille

Si tu as envie d’emmener ton bébé étoile dehors pour voir le soleil sur sa peau au moins une fois, c’est possible. Si tu veux dormir près de lui, te lever la nuit pour lui chanter une berceuse, tu peux le faire. Les frères et soeurs sont les bienvenus. Ils n’arrivent pas dans un lieu sinistre mais dans une maison. La chambre est décorée, il y a des jouets… Je collabore aussi avec des photographes bénévoles pour que les familles aient de belles images de ces moments.”

Au fond, il s’agit de tisser un lien avec ce tout petit être, qui même s’il est mort, avait déjà une place dans leur vie : “On entend parfois dire que si les parents s’attachent trop à leur bébé décédé, leur deuil sera plus difficile, mais c’est le contraire ! Cette connexion de coeur était déjà présente pendant la grossesse et c’est très soutenant de la reconnaître. Les paranges que j’accompagne ont un processus de deuil différent, car ils ont vécu plus d’expériences avec leur bébé, ils ont été moins seuls, ils ont plus de souvenirs et de photos.”

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Des obsèques personnalisées pour son bébé

Nooit Vergeten encourage aussi les familles à s’approprier concrètement les funérailles de leur bébé. Choisir les habits, décorer le cercueil, créer un rituel, organiser une célébration…

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J’ai accueilli une fois un bébé de 6 ou 8 semaines. Le dernier jour avant les funérailles, les parents n’avaient pas encore touché son corps. Finalement, ils ont voulu déposer eux-même leur fils dans le cercueil. Je demande toujours aux parents, un peu à l’avance, s’ils veulent effectuer eux-mêmes ce geste ou celui de mettre le cercueil en terre. Ce rituel est généralement aidant, c’est rare que les parents ne le fassent pas quand je le leur propose.”

An conclut : “Je n’accompagne pas seulement les funérailles, mais aussi l’accouchement social de ces petits êtres. Le deuil périnatal est encore frappé d’idées reçues et de tabous, mais les mentalités évoluent et ma démarche est bien connue dans les hôpitaux de ma région.

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