“J’ai perdu mon fils mais je lui transmets de l’amour tous les jours”

Le 26 mars 2018, Charles assiste à la mort de son fils, Léo, âgé de quatre mois et demi. Il nous raconte son chemin de deuil.
Charles-et-Leo-letoileleo@L'Etoile Léo

“Le 26 mars 2018, je suis passé de l’état de papa heureux et épanoui à celui de papa endeuillé et anéanti. Ce jour-là, j’ai perdu mon fils, mon tout premier enfant, alors âgé de quatre mois et demi. Il est décédé chez l’assistante maternelle que nous avions récemment engagé avec ma femme.

Cette journée noire, jamais je ne pourrai l’oublier, elle est marquée au fer rouge dans mon esprit et dans mon corps. Le matin même, je jouais avec mon fils, mon Léo, en le préparant sur la table à langer. C’était notre rituel. Chaque journée commençait ainsi depuis la reprise professionnelle de sa maman. Elle lui donnait le biberon et moi, je l’habillais pour le déposer chez l’assistante maternelle. Je pensais rentrer tard après une journée qui s’annonçait chargée, ce lundi soir, et donc j’imaginais retrouver Léo en train de dormir. A ce moment précis, où je me délectais du mélodieux son de son rire, ma seule préoccupation était de devoir attendre le lendemain matin avant de pouvoir le tenir à nouveau dans mes bras. 

Un appel : “c’est urgent, vous devez venir !”

Malheureusement, la vie allait m’imposer une tragique épreuve. Ce jour-là, j’ai reçu un bref appel de l’assistante maternelle. “Il y a un problème avec Léo et il faut venir vite”. J’ai couru vers le métro, puis dans le train. Inexplicablement, durant le trajet, je ressentais déjà que mon fils n’était plus de ce monde mais j’essayais de me rassurer malgré la peur qui montait au fur et à mesure que j’approchais de chez elle. J’ai appelé ma femme, qui ne semblait pas encore au courant pour qu’elle nous rejoigne au plus vite.

Le Samu et les pompiers tentent de sauver mon fils…

Arrivé dans la rue, j’ai vu les voitures de police, les camions de pompier et l’ambulance du SAMU pédiatrique et immédiatement compris que mon ressenti était bien réel. Une fois sur place, j’ai bousculé la police qui bloquait l’entrée. Je me suis retrouvé face aux pompiers et au personnel du SAMU qui s’affairaient autour de mon petit bonhomme et les ai supplié de le sauver. Il recevait un massage cardiaque et j’étais complètement paniqué. Je me suis une première fois écroulé devant Léo. On m’a alors demandé de sortir de la pièce pour me calmer et pour laisser les équipes de secours faire leur travail. Je me suis, une seconde fois, écroulé devant l’entrée de l’appartement et j’ai alors compris que cela allait être dur, très dur, mais je ne voulais pas que ma femme ne voit ça. Je savais qu’à son arrivée, Léo ne serait plus parmi nous. Je l’ai alors attendu devant  l’immeuble : une attente interminable et déchirante.  

Elle m’a rappelé plusieurs minutes après, elle aussi complètement paniquée, me demandant si j’avais plus d’informations. Je n’ai réussi à lui dire que ces mots : “Viens, Léo est en arrêt respiratoire”. Nous sommes restés au téléphone jusqu’à son arrivée et j’ai refusé qu’elle rentre dans la pièce où se trouvait notre fils. Je ne voulais pas qu’elle garde à vie les images qui me resteront, me hanteront.

Puis, des professionnels nous ont annoncé l’inaudible : Léo est décédé. Les images de mon fils inanimé, les secours autour de lui et le regard de ma femme lorsqu’elle est arrivée me resteront gravées à vie. Cela reste le plus dur à vivre, même aujourd’hui. 

L’assistante maternelle est présumée en partie responsable de son décès

Nous apprendrons bien plus tard, après les examens et la longue attente de leurs résultats, que les causes du décès de Léo sont multifactorielles mais que la principale est la position ventrale dans laquelle il a été mis après le déjeuner. Même aujourd’hui je n’arrive pas à comprendre comment on peut laisser un enfant sur le ventre après manger. Quelle injustice, nous qui prêtions attention à tout pour Léo mais aussi et surtout aux conditions de couchage.

J’ai perdu mon fils mais je sais que nous nous reverrons un jour

J’ai eu du mal à encaisser et à assimiler tout ce à quoi j’avais assisté. C’était humainement impossible. Dans l’ambulance du SAMU pédiatrique, j’ai réussi, malgré tout, à prendre Léo dans mes bras. Je lui chantais, dans ma tête, la chanson que je lui avais inventée pour qu’il s’endorme le soir. Je lui demandais aussi de se réveiller, je lui disais que ce dodo avait assez duré, mais rien. Rien. Lors de notre arrivée à l’hôpital, je me suis alors résigné à lui dire au revoir. Je me souviens encore le voir enveloppé dans une couverture, les yeux fermés, une infirmière me demandant de lui donner mon fils. Un autre moment qui marquait le fait que nous allions être séparés. Cependant j’ai su me dire que l’on se reverrait un jour. Nous avions émis le souhait d’être les seuls à pouvoir le voir, sans vie, car nous voulions que les personnes qui l’avaient connu et aimé, gardent en eux l’image de ce bébé tout souriant qu’il était. Nous l’avons l’accompagné chaque jour et à chaque endroit, dont la morgue, jusqu’à son enterrement. C’était malheureusement, cela aussi notre rôle de parents endeuillés. 

Comment vivre après la mort de son fils ?

La cérémonie organisée pour l’enterrement Léo était magnifique, à son image, mais bien trop courte. On aurait  eu envie que cela dure car cette journée marque le début d’une vie teintée du manque, de la douleur et de la tristesse. Il faut apprendre à vivre autrement, je dirais même à vivre une toute autre vie.

J’ai souvent regretté de n’avoir pas plus profité de mon fils. Avant sa mort, j’étais très souvent en déplacements professionnels ou retenu tard au travail. Mais je suis heureux de la vie qu’il a eu, aussi éphémère soit-elle. Avoir perdu mon fils m’a fait réaliser à quel point ma famille était ma seule priorité, mon seul but. J’ai rapidement repris le travail car j’avais besoin de ce cadre pour avancer, d’une autre atmosphère pour respirer, d’un autre monde pour me reconstruire. Mais je suis retourné à la vie avec un autre regard. D’anciennes préoccupations me sont apparues soudainement futiles. J’avais un objectif : vivre chaque jour comme si c’était le dernier, comme mon fils l’avait fait.

Julie et moi allions survivre pour lui

La vie continuait, sans Léo, mais elle continuait et c’était le principal à mes yeux : nous arrivions à survivre pour lui, pour nous, pour notre famille. La perte d’un enfant est un deuil sans fin, qui me semble encore parfois insurmontable, mais nous avons réussi à rester debout, avec ma femme, avec Léo partout en nous.

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Je suis et serai toujours en manque de lui

Aujourd’hui, Léo aurait dû fêter ses trois ans. La tristesse et le manque sont toujours là, toujours aussi forts et j’ai dû apprendre à vivre avec mais l’amour l’emporte. C’est d’ailleurs le premier mot qui me vient à l’esprit quand je pense à Léo : Amour. Cet amour, je le transmets à Léo à travers mon cœur meurtri de papa mais aussi à travers ces moments où j’aime me retrouver en tête à tête avec lui : lorsque je plante de jolies fleurs dans son petit jardin, lorsque je m’occupe du potager de notre nouvelle maison, lorsque je fais du bricolage ou lorsque je regarde les étoiles, chaque soir avant d’aller dormir. Au final, j’ai perdu mon fils mais il est toujours en moi, avec moi et sur moi avec sa petite gourmette que je garde toujours autour du cou. Certains pourraient penser que cela me met constamment face à mon deuil mais bien au contraire. Porter ce bracelet, c’est avancer, regarder au loin avec mon fils qui n’est malheureusement plus à mes côtés.

Mon fils est un vrai exemple

Mon fils demeure, à mes yeux tous mouillés, un vrai exemple, de force et de douceur. L’émotion est vive à chaque fois que je pense à lui ou que je parle de lui. Le deuil d’un bébé, c’est le deuil de toute une vie. Jamais on ne peut s’en remettre mais on peut vivre avec. Je veux avancer, moi aussi, avec force et douceur. Léo préférerait nous voir heureux plutôt que prostrés dans notre tristesse.

La seule vérité à retenir de ce drame est que l’on reste parent lorsque son enfant n’est plus. Il a fait de moi un papa puis un papange courageux, même si les larmes m’en tombent et me tomberont toujours des yeux dès que je parle de lui.

Merci mon fils, merci mon Etoile.é

Charles est le mari de Julie qui tient la page L’Etoile Léo en l’honneur de leur fils mais aussi pour sensibiliser au deuil périnatal et à la prévention de la Mort Inattendue du Nourrisson.

Une vie pour nous remettre de la mort de notre enfant. 12 jours, c’est quoi pour vous ?

1 réflexion sur ““J’ai perdu mon fils mais je lui transmets de l’amour tous les jours”

  1. Répondre
    Nadia Bergougnoux - 13 novembre 2020

    Une pensée aujourd’hui pour Léo <3 et ses paranges courageux

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