Un évènement, une histoire à partager à la communauté Happy End ? Je partage mon témoignage

Si je devais décrire qui était ma mère, je dirais que c’est une femme pétillante, la joie de vivre chevillée au corps (malgré les galères !), coquette, élégante, mais peu maternelle.

“Ma mère va mourir, c’est horrible !”

En avril 2005, alors qu’elle ne s’est jamais inquiétée pour sa santé, elle ne se sent pas au meilleur de sa forme. Elle se décide donc à passer une batterie d’examens. Par leurs contacts, mes sœurs parviennent à obtenir ses résultats avant son rendez-vous. Elles me convoquent : « C’est une horreur, il y a des métastases partout, c’est fulgurant. Maman va mourir, mais elle ne le sait pas encore !».

Je suis KO, choquée, j’hallucine ! Et à la fois, je ne peux pas m’empêcher de penser : « À fumer 3 paquets de clopes par jour pendant 30 ans, à quoi s’attendait-elle ? »

Entre colère et sidération

Je suis partagée entre la colère et la sidération, je ne pleure pas vraiment, pas encore. Ce n’est que le lendemain matin, que je m’effondre dans le métro. Je pleure tellement qu’une dame vient me voir et me propose son aide. Je m’entends lui répondre : « Ma mère va mourir, c’est horrible ! »

On avait donc quelques jours d’avance sur elle et cette avance nous a été précieuse car on a pu évacuer et chialer tout ce qu’on pouvait avant de la retrouver. Le vendredi soir, dans le train qui quitte la gare Montparnasse, je rassemble mes esprits pour l’appeler : « Maman, surprise ! On est dans le train toutes les 3 ! On vient pour être avec toi demain, juste au cas où ! S’il n’y a rien, on ouvre le champ’, s’il y a quelque chose, on est là ! ».

Un cancer du poumon, on ne s’en tire pas !

Pfffff ! Comme j’ai eu du mal à garder la face… Le lendemain, on se retrouve donc toutes les 4 chez le gastro-entérologue. Tout va très vite, il s’adresse à maman en tâtant le terrain, pour voir ce que sa patiente peut entendre : « Mme Deluc, vous avez des cellules cancéreuses au niveau des alvéoles pulmonaires ». J’ai trouvé ça incroyablement habile, d’autant que moi, je ne comprenais pas trop ce que ça voulait dire. Maman, elle, lui répond du tac au tac : « Un cancer du poumon, on ne s’en tire pas ! ». Elle avait déjà tout compris.

Sous prétexte d’attendre l’impression d’une ordonnance, Marie reste seule avec le médecin et lui demande discrètement de combien de temps on parle. Sa réponse est sans appel : « Pas 2 mois ! ».

Maman ne connaît pas les détails donc, mais elle comprend bien qu’un jour plus ou moins proche, elle va mourir, et elle décide d’affronter la réalité.


Ses volontés : une grande messe à l’église de la Trinité et une dispersion de cendres à Cassis

Une heure plus tard, ma tante nous rejoint à Brest. Elle est avocate, maman lui demande donc sans détours ce qu’elle doit faire pour organiser ses affaires, toujours aussi pragmatique. Dans la foulée, elle nous explique qu’elle aimerait une grande messe à l’église de la Trinité. En toute simplicité ! Et qu’on répande ses cendres à Cassis.

8 jours plus tard, notre fête de famille prévue à Paris est déplacée à Brest, compte tenu des circonstances. On débarque à 18. Maman choisit d’organiser le déjeuner dans un resto sur la plage, littéralement une épave de bateau, posée sur le sable. Avec son humour légendaire, elle souligne : « Une épave, dans une épave !». Puis, à la vue d’une autre famille qui célèbre un baptême, elle enchaîne, hilare : « C’est pas 4 mariages et un enterrement, c’est un baptême et un enterrement ».

On explose tous de rire, on avait tellement besoin d’évacuer. Ce jour-là, on a beaucoup ri, beaucoup bu aussi. Du champagne pour célébrer la vie et pour fêter 3 anniversaires, dont mes 27 ans. Ce sera mon dernier anniversaire avec elle, le dernier repas tous ensemble.

Elle accepte de finir ses jours à Paris

Elle parvient à faire son dernier voyage à Venise avant que les protocoles ne commencent puis, dès son retour, elle est hospitalisée à Brest. Non sans avoir pris soin de commander une perruque, faire un brushing et une pose de vernis semi-permanent : « Faut pas déconner, on va quand même garder la face ». Ma mère quoi !

Quand elle réalise qu’elle ne rentrera pas chez elle, elle accepte de finir ses jours à Paris, sa ville de toujours et celle où nous vivons ! Choix qui nous permet de lui rendre visite tous les jours. A son chevet, on rattrape un peu le temps perdu.

Elle se confie sur sa difficulté à être mère qui, je le comprends alors, n’était pas du tout un manque d’amour. C’est là qu’elle nous explique « Si je ne savais pas quoi faire de vous, c’est que je ne savais pas être mère ». Sa mère, hyper toxique, n’y étant certainement pas pour rien. Finalement, ça m’a enlevé un doute et ça m’a apaisée de comprendre tout ça.

“Les médecins disent que c’est la fin, il faut venir !”

Après une chimio qui lui a fait plus de mal qu’autre chose, le médecin nous annonce : « On va s’arrêter là, et on va surtout essayer de soulager la douleur… » Ça ne fait que 15 jours qu’elle est entrée à Pompidou, quand je reçois un appel : « Les médecins disent que c’est la fin, il faut venir ! »

Dans la soirée, on est tous autour de son lit quand elle s’exclame : « Hé bah mes enfants, je n’ai jamais passé un aussi bon dîner! » – évidemment, il n’y avait pas eu de dîner, elle ne bougeait plus de son lit – et elle enchaîne, « Allez, je vais me lever ! ». Ce fut sa dernière phrase.

Dans la nuit, elle est tombée dans un coma qui annonçait les derniers jours, les dernières heures peut-être. Puis, dans la soirée du samedi, une amie très habituée à la fin de vie me conseille de lui parler, de lui dire qu’elle peut partir.

« Maman, tu peux partir. On est prêtes »

Alors, je vais voir ma sœur, qui approuve : « Elle a raison, et il n’y a que toi et moi qui en sommes capables ! » Et là, commence une espèce de cérémonie où on la caresse, on lui dit que si elle veut partir, on est prêtes, et on se met à lui chanter un Ave maria comme des casseroles.

On était dans un trip un peu fou, mais on a vite compris qu’il se passait quelque chose. Elle s’est comme réveillée, a ouvert les yeux, s’est agitée. C’était flippant, genre mort vivant. Elle a fait un geste vers la table de nuit, j’ai ouvert le tiroir et là, il y avait une prière qu’on lui a lue. Ça parlait du passage de la vie à la mort, c’était surréaliste !


Aimer c’est savoir laisser partir

Puis, maman s’est apaisée sous nos caresses et nos paroles réconfortantes, et elle a rendu son dernier souffle. Ça a été un moment suspendu, complètement hors du temps, on ne sait pas bien si ça a duré 15 minutes ou 3 heures…

Avec ma sœur, on s’est prises dans les bras, on s’est félicitées de lui avoir fait ce cadeau et surtout qu’elle nous ait fait ce cadeau précieux de partir avec nous.

C’était le 21 mai 2005, on était 6 semaines pile après l’annonce, ça n’a donc pas duré 2 mois, le médecin avait vu juste. Elle est partie quelques jours avant ses 60 ans, coquette jusqu’au bout, nous n’étions pas très surprises.

À partir de ce 21 mai 2005, j’ai du commencer ma vie sans elle, tout en étant convaincue qu’elle n’était pas très loin. J’ai voulu que cette perte devienne une force. Et s’il y a bien une chose que cette histoire m’a appris, c’est qu’être un bon parent c’est apprendre à son enfant à vivre sans lui, avec la certitude d’être toujours aimé. Et finalement, aimer c’est peut-être savoir laisser partir !

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