J’ai choisi d’accompagner la mort comme la naissance

Je m’appelle Claire Morinière, j’accompagne la mort et la naissance depuis une quinzaine d’années, et j’aime à dire qu’accompagner une mort peut être aussi fort qu’accompagner une naissance. Il est vrai que l’on pourrait de prime abord les opposer. Traditionnellement, on associe l’une à la joie, l’autre à la tristesse. Et pourtant… Si l’on y regarde de plus près, on voit bien que les deux se font miroir, comme les deux faces d’une même pièce.

Le regard de ma fille à sa naissance était le même que celui de mon grand-père à sa mort 

J’ai pris conscience que ces deux moments de vie ne faisaient qu’une, quand j’ai rencontré le regard frappant et profond de ma fille à sa naissance. Ce regard abyssal qui vous scrute telle une grande baleine à bosse, tel le regard d’une vieille personne. Ce regard empreint d’intensité,  je l’ai également partagé avec mon grand-père au moment où il rendait son dernier souffle à mes côtés. Ces deux moments resteront à jamais imprimés en moi, pour me souvenir d’où je viens et où je vais.

Tout n’est pas rose ou noir, mais empreint de nuances 

Je me sens extrêmement chanceuse et pleine de gratitude que des familles fassent appel à moi pour les accompagner sur leur projet d’enfantement naturel ou pour prendre soin de leurs défunts et officier leurs cérémonies. La mort ouvre de nouveaux espaces pour accueillir le vivant dans ces derniers instants. Tout n’est pas rose ou noir, mais plutôt empreint de nuances. C’est là tout ce qui fait la beauté de la vie.

On peut écouter un coeur battre comme un rythme respiratoire qui décline 

Je sais entendre ce cri d’un enfant qui naît, comme un cri de douleur au moment où son petit cœur se met à battre pleinement, poumons ouverts. De la même manière que je sais écouter un rythme respiratoire qui décline lorsque quelqu’un se rapproche de son dernier souffle, qui peut être très doux et paisible. Je sais aussi que, quand un enfant naît, il lui faut 3 à 4 heures avant d’arrêter d’échanger avec son placenta et que le cordon cesse de battre. Ce même temps qu’il faut aux tissus d’un défunt pour que l’empreinte du rythme cardiaque cesse complètement. J’ai appris également que chez un nouveau-né, les 5 sens se développent in-utero dans un ordre précis et harmonieux, ce même ordre dans lequel ils déclinent à l’approche de notre départ.

Remettre la mort au cœur du cycle de la vie 

Pour moi, accompagner les naissances et les départs, ce n’est pas seulement prendre soin des acteurs principaux, c’est à dire de la maman et du bébé ou du défunt. Il s’agit aussi de prendre soin de leur famille, des vivants comme des morts et savoir les écouter et les guider.

Quand j’accompagne un départ, je veille à ne pas écourter le moment. Lorsque le décès survient, dès que le coeur a arrêté de battre, on a tendance à tout accélérer. On veut bouger le corps, organiser la cérémonie etc. Pourtant, il est très important de laisser l’entourage sentir ce qui se passe autour d’eux. Sentir par exemple que seulement quelques minutes plus tôt, leur proche respirait encore dans la pièce ou que le cœur pulse encore pour quelques instants. C’est remettre la mort au coeur du cycle de la vie. Il faut leur montrer qu’ils peuvent prendre leur temps car dans les jours suivants, tout va demander un déplacement d’énergie. Pour moi il est primordial d’écouter tous ces rythmes pour prendre soin pleinement de nos morts. C’est une étape qu’on oublie la plupart du temps.

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