Quel avenir pour les coopératives funéraires en France ?

Carte de France des Coopératives Funéraires

© Joséphine Massot

Nantes a ouvert la première coopérative funéraire en France en 2016. Mais depuis deux ans, le mouvement s’emballe puisque cinq autres coopératives se sont constituées et une dizaine de projets sont en gestation. Face à cette émergence, les gestionnaires ont créé une fédération en février 2021. Ils souhaitent ainsi se structurer, faciliter l’installation des futures coopératives funéraires et assoir leur modèle et leurs valeurs.

La création d’une fédération des coopératives funéraires en cours

« Bordeaux en 2019, puis Rennes et Dijon en 2020, Tulle et Angers en 2021, des projets à Lille, Orléans, Caen, Strasbourg, Lyon… Le mouvement est en marche ! » se réjouit Isabelle Georges, présidente de la coopérative funéraire de Rennes. Un mouvement encore au stade embryonnaire mais qui progresse vite et vient bouleverser le paysage funéraire. Et face à la recrudescence d’initiatives, la création d’une fédération s’est imposée. « Créée en février 2021, la fédération des coopératives funéraires de France (FC2F) a pour but d’accompagner les porteurs de projets, de faciliter leur installation et de créer une chaîne solidaire », précise Nicolas Dejeu, président de la coopérative de Tulle.

Site internet, charte graphique, déontologique et éthique, les contours de la fédération se dessinent et la FC2F a déjà pourvu un premier poste d’alternant qui accompagnera les coopératives dans leur structuration. Les membres ambitionnent également de mettre en place des formations continues, avec le concours d’organismes publics ou privés. « Faciliter l’installation des coopératives n’implique pas d’imposer des standards mais de partager les mêmes valeurs avec une gestion désintéressée », explique Nathalie Grenon, fondatrice de l’association Pour une alternative funéraire à Orléans (Loiret).

Objectif : assouplir la réglementation funéraire

L’idée est que chaque future coopérative garde son indépendance et son identité, en fonction de son ancrage culturel et géographique. « Nous souhaitons aussi présenter la fédération au niveau du gouvernement, agir auprès des parlementaires, pour notamment assouplir la réglementation », ajoute Nicolas Dejeu. Se structurer c’est aussi avoir plus de poids dans les négociations auprès des fournisseurs, des centrales d’achats et proposer des tarifs plus justes aux familles.

Avec un modèle économique, propre aux coopératives, où le capital est détenu par les sociétaires dont chacun représente une voix et donc un vote, les coopératives ne cherchent pas le profit. Les recettes ne servent qu’au fonctionnement, l’excédent peut être réinvesti ou redistribué. « Il y a une grosse différence entre une coopérative et une entreprise privée. Les familles sont propriétaires de l’entreprise, nous ne sommes pas tentés de survendre car notre cœur d’activité est l’accompagnement. De leurs côtés, les sociétaires ne sont pas obligés d’être membre, ni de s’acquitter d’une part sociale mais ils deviennent acteur du mouvement », explique Isabelle Georges.

Coopératives funéraires : une alternative aux pompes funèbres classiques

Car ce qui anime les personnels des coopératives funéraires, c’est avant tout de proposer une alternative aux pompes funèbres classiques : « Nous souhaitons permettre à chacun de faire des choix éclairés en divulguant des conseils et des informations afin que les familles reprennent le pouvoir sur l’organisation des obsèques. Nous leur exposons le champ des possibles et nous ne voulons pas que nos résultats soient le fruit de ventes de produits », défend Isabelle Georges. Ainsi, elle se rappelle une famille qui s’était saisie du couvercle du cercueil pour le décorer, le personnaliser. Ou encore un autre cercueil qu’une famille avait rempli de souvenirs. « Pour la famille, cela représente aussi une forme d’hommage très forte et les cercueils sont extraordinairement beaux ! » Les coopératives funéraires souhaitent ainsi « mettre du sens dans les obsèques ». Permettre aux familles de choisir sans la pression des ventes additionnelles car « les obsèques ne sont pas qu’un choix matériel ! », insiste Nathalie Grenon.

Une volonté de proposer des obsèques plus écologiques

La démarche des coopératives funéraires se veut aussi écologique, responsable et durable. Les coopératives ont la volonté de limiter leur impact environnemental en proposant la location d’urnes, de fleurs, « des choix restrictifs et respectueux », selon Nathalie Grenon qui réfléchit à réutiliser des draps pour les capitons ou encore qui imagine le développement des recycleries pour l’économie circulaire et la création d’emplois. Pour les cercueils, elle réalise une étude avec une scierie loirétaine pour relocaliser leur fabrication. « Dans le cadre de l’achat d’un monument funéraire, le granit fait deux fois le tour de la terre ! L’impact environnemental est très important, s’indigne-t-elle. Nous allons mettre en place une courte formation pour la réhabilitation de sépultures : les nettoyer, les retailler, les récupérer, préconiser des tombes végétalisées… » Quant à Isabelle Georges, elle rêve de proposer des cyclo-corbillards ! « Il y a tellement de choses à faire ! »

Proposer plus de lieux pour les cérémonies laïcs

A l’unisson, les gestionnaires de coopératives militent aussi auprès des élus pour pouvoir proposer des lieux de cérémonies laïcs. « Certains cimetières disposent de salles mais trop peu, regrette Nathalie Grenon. Le mouvement progresse doucement vers les salles municipales mais nous souhaitons la création d’une maison des adieux, que chacun pourrait s’approprier pour organiser des obsèques qui lui correspondent. » Mais pour cela, « il faut ouvrir le spectre », selon Manuel Sauveplane, président de l’Union du pôle funéraire public qui partage les mêmes convictions et les mêmes valeurs que les coopératives.« Tout ce qui pourra faire qu’on parlera de nous, de notre métier, de la mort en général, je le ferai ! On essaie de créer des groupes parlementaires mais ce n’est pas assez. » C’est pourquoi les coopératives sont aussi force de propositions pour s’affranchir des idées reçues et engager le dialogue. Isabelle Georges se félicite de l’investissement de ses pairs dans l’organisation d’événements dédiés à réunir les gens pour les faire parler, découvrir, s’interroger : « Nous remettons la question de la mort dans la vie, notamment via cafés mortels, des réunions d’informations, des conférences…, on ne se cache pas. ». 

Un modèle inspirée d’une initiative québécoise

Cet élan et cette profusion d’idées leur viennent du modèle québécois où les coopératives ont su s’imposer sur le marché. Manuel Sauveplane reconnaît que « les mentalités françaises ne sont pas les mêmes qu’au Québec, [que] cela prendra plus de temps mais [que] c’est possible ». Un enthousiasme et un optimisme partagés par tous. Car les personnels des coopératives funéraires sont avant tout des passionnés. Isabelle Georges explique qu’ils viennent de milieux professionnels différents : « Ils ne sont pas issus des métiers du funéraire. Souvent, c’est parce qu’ils ont été déçus et nourrissent une volonté de pouvoir proposer une alternative. Chacun vient avec sa sensibilité et chaque famille que nous accompagnons, c’est du bonheur ! ». 

Lire aussi : Coopératives funéraires : 6 bonnes raisons de leur confier des obsèques

Commentaires

  • Sarah Dumont

    Bonjour Joelle, Non pas pour l'instant

  • Reynaud

    Bonjour Y a t'il Toulouse dans les villes où une coopérative est en création ? Merci Bien cordialement

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