“Grâce aux coopératives funéraires, les prix ont baissé de 20% au Québec !”

Suite à l’ouverture de plusieurs coopératives funéraires en France, David Emond, thanatologue et Directeur général de la Coopérative funéraire des Deux Rives au Québec nous éclaire sur ce modèle éthique qui a changé le visage du funéraire au Canada. 
cooperatives funéraires QuebecCrédits : Anton Darius/Unsplash

Les coopératives funéraires se sont développées au Québec dans les années 70. Quelle place ont-t-elles aujourd’hui dans le paysage funéraire ?

David Emond : Les coopératives funéraires représentent aujourd’hui 20% du marché funéraire et organisent plus de 10 000 funérailles par an à travers une centaine d’agences installées au Québec. On compte aujourd’hui 25 coopératives funéraires dans la province de Québec. A titre d’exemple, la Coopérative des Deux Rives que je dirige dans la ville de Québec, détient 50% du marché. Vingt d’entre elles sont rattachées à une fédération provinciale. Grâce à cette fédération, nous avons mis en place une centrale d’achats qui nous permet de réaliser des économies d’échelle sur les fournitures et la publicité, de mettre en commun nos expertises, de mandater des groupes externes d’étude des tendances du marché et de mutualiser nos outils informatiques…. Et ainsi de rester compétitifs tout en mettant en action les valeurs d’entraide et de collaboration.

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Comment les coopératives funéraires sont-elles nées ?

David Emond : Pour expliquer ce développement, il est important de rappeler que le Québec est une nation de coopératives. Elles sont apparues au début du 20ème siècle dans de nombreux domaines, notamment dans le secteur agricole. Dans le domaine funéraire, la première coopérative funéraire a été fondée dans la ville de Château-Richer en 1942, mais la grande majorité ont été créées les années 70, en réaction à un marché en pleine inflation. A l’époque, le prix des funérailles avait fortement augmenté. Les familles s’endettaient pour régler les obsèques de leurs parents. Des membres du clergé et des gens impliqués dans la vie de la communauté ont souhaité proposer un modèle orienté sur la charité et proposer un service tourné vers l’accompagnement, y compris pour un public à faibles revenus. Les valeurs chrétiennes d’altruisme et de charité sont très présentes dans le pays. Une dizaine de coopératives a alors vu le jour dans la province du Québec, portées par des bénévoles. On a assisté à une deuxième vague de développement quand des multinationales américaines se sont mises en tête de s’emparer du secteur funéraire. Celles-ci se livraient à une guerre d’enchères pour racheter les pompes funèbres en mal de succession. Des communautés se sont alors mobilisées pour convertir certaines sociétés existantes ou créer de nouvelles coopératives. La fédération a alors joué un rôle important en termes d’expertise, de financement mais aussi d’organisation. Ce mouvement est propre au Québec. Le modèle coopératif est quasi inexistant dans le Canada Anglais car dans la culture anglo-saxonne, on glorifie davantage le succès et la réussite individuelle. A ce jour, le système a fait ses preuves :  les prestations funéraires sont 20% moins cher au Québec que dans le reste du pays et organise des cérémonies de tous types, y compris haut de gamme ! Les coopératives appartiennent à leurs membres et ne sont ni politisées, ni religieuses. En fonction des régions, le prix des obsèques oscille entre 3500 et 5000 $.

Sur quoi repose le modèle des coopératives funéraires au Québec ?

David Emond : Une coopérative funéraire n’a pas de but lucratif. Elle doit cependant être rentable pour assurer sa pérennité et si elle dégage des surplus financiers, ceux-ci sont réinvestis dans l’amélioration des services. Sa mission est d’aider les familles à organiser les funérailles de leur proche. Elle agit dans une logique d’accompagnement et non commerciale. La priorité des salariés est d’établir un lien de confiance avec la clientèle. Ils ne sont pas rémunérés à la commission. Ainsi, ils ne sont pas encouragés à exploiter le chagrin des familles et peuvent rester dans une posture de conseiller. Le modèle fonctionne car les clients de l’entreprise sont aussi ses propriétaires (chacun détient une part de 20 $ équivalent à un vote). Pour satisfaire les propriétaires de la coopérative, il faut donc rendre les clients heureux, ce qui est une particularité qui ne se retrouve que dans le modèle coopératif : dans les modèles capitalistes traditionnels, les intérêts des propriétaires sont généralement purement financiers et de retrouvent souvent à s’opposer aux intérêts de la clientèle. Dans la Coopérative des Deux Rives que je dirige, on compte 50 000 membres.  Ils possèdent donc un million de $ de capital à eux seuls.  Voilà qui change de l’entreprise privée dans laquelle la propriété est totalement désincarnée !

Quand on prend des parts dans une coopérative, cela peut-il servir à financer nos futures obsèques ?

David Emond : Au-delà de la part qui donne le droit à un vote, les membres peuvent détenir des parts privilégiées pour soutenir le projet. Au-delà de ce qui sera prévu dans un contrat d’arrangements préalables de services funéraires, ces parts privilégiées peuvent représenter un apport supplémentaire de fonds au moment des funérailles pour assumer des frais connexes, comme ceux liés à la sépulture ou les frais accessoires relatifs à la cérémonie (fleurs, service de traiteur). Ces montants qui sont en quelque sorte « prêtés » à la coopérative lui permettent d’accéder à des sources alternatives de financement pour ses projets. En échange, la coopérative accorde une remise supplémentaire sur les services funéraires.

Comment a évolué la demande des familles au Québec ?

David Emond : La crémation a explosé au tournant du millénaire. Dans certains centres urbains, elle atteint des taux de 80 à 85%. Face à la perte des valeurs religieuses, le nombre de funérailles laïques augmente également. Mais cette évolution des pratiques est accompagnée d’un besoin fort de rites. Des célébrations sont organisées avant et après les crémations dans des complexes funéraires. Les familles personnalisent les lieux : elles les décorent avec des objets chers au défunt, des tableaux, des photos, diffusent des vidéos, jouent de la musique.

Comment accompagnez-vous les familles dans ce sens ?

Le métier de célébrant s’est professionnalisé pour aider les familles à personnaliser cette célébration et mettre en place des rituels qui leurs sont propres. Tout en étant free-lances, les officiants travaillent en partenariat avec les pompes funèbres. Notre seule coopérative embauche régulièrement une vingtaine de célébrants. On les contacte en fonction des demandes des clients. Certains sont plus à l’aise que d’autres pour s’exprimer lors d’une cérémonie pour un enfant, d’autres avec des funérailles religieuses… Le célébrant rencontre ensuite la famille dans nos salons lors d’un rendez-vous. La prestation d’un célébrant est facturée entre 100 et 200 $.

Comment peut-on réinventer des rituels ?

David Emond : Jusqu’à présent, les rituels étaient convenus et convenants. Beaucoup de célébrations laïques sont encore organisées en se basant sur les rituels religieux solennels. On observe cependant que ce type de cérémonie ne fait plus autant de sens pour les endeuillés qu’avant et que les cérémonies laïques et personnalisées prennent de plus en plus de place. Il suffit de voir ce qui s’est passé dans les années 20-30 avec l’église. Le prêtre récitait sa messe en latin, dos à son auditoire. La fréquentation des églises a baissé. L’église s’est adaptée. Jusqu’en 1965, les cérémonies religieuses, en présence de l’urne, était interdites. A chaque fois, les règles ont évolué en fonction des besoins des familles. Le domaine funéraire ne peut pas avoir une attitude dogmatique et prétendre connaître les besoins des endeuillés mieux qu’eux-mêmes ; ces derniers n’ont peut-être pas une connaissance approfondie de toutes les formes que peuvent prendre les rituels, mais il faut savoir faire confiance à leur intelligence et adopter une posture d’accompagnement pour explorer les différentes alternatives qui sauront faire du sens et répondre à leurs besoins. Rappelons ce qui définit un rituel : il doit permettre aux endeuillés de prendre conscience du décès, leur permettre de rendre hommage au défunt, d’amorcer un détachement et une modification de leur relation avec la personne décédée, et enfin de se solidariser, se soutenir dans cette épreuve. Il n’y a pas de recette à suivre. Depuis dix ans, on assiste d’ailleurs à une digitalisation des rituels. Les endeuillés créent des pages commémoratives, envoient des messages de soutien en ligne, postent des photos de leurs défunt sur les réseaux sociaux… Peu importe la forme qu’il prend, un rituel aide ceux qui le pratiquent quand il fait sens aux proches du défunt.

 

 

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