Un évènement, une histoire à partager à la communauté Happy End ? Je partage mon témoignage

Florence Jarry, journaliste devenue biographe familiale, prête aujourd’hui sa plume à des personnes souhaitant transmettre leur histoire.

D’où est née cette idée de devenir biographe familiale ?

Florence Jarry : En vacances chez ma grand-mère, je profitais de la sieste de mes deux filles pour jouer au Scrabble avec elle. Un jour, au lieu de sortir le jeu, ma grand-mère a ouvert un vieil album photo et elle s’est mise à me raconter son enfance, sa rencontre avec mon grand-père, la guerre… J’étais journaliste à l’époque et j’ai eu l’intuition qu’il fallait que je note ces précieux échanges pour ne rien oublier. Ensemble, nous avons remonté le temps, épluché ses albums photo, dépoussiéré ses souvenirs.

Une biographie est née de ces moments de complicité, sous la forme d’un livre relié et illustré de photos anciennes. Le livre de mes racines. Un cadeau inestimable qu’elle a offert, le jour de ses 90 ans, à chacun de ses enfants et petits-enfants… Aujourd’hui, ma grand-mère n’est plus de ce monde, mais grâce à cette biographie, sa mémoire reste vivante et se transmet aux générations suivantes. En 2017, j’ai décidé de devenir officiellement biographe familiale et de créer C’était Hier.


J’imagine qu’il faut beaucoup de méthode pour recueillir le récit d’une vie, comment procédez-vous ?

Florence Jarry : La mémoire a cette particularité d’être capricieuse. Il faut laisser le temps aux souvenirs de remonter , de s’articuler les uns aux autres. Le rôle de la biographe familiale est de faciliter l’émergence de ces bouts d’histoire, souvent livrés en vrac, d’accueillir les émotions qui font inévitablement surface au fil du récit. Je ne pense pas qu’il y ait une méthode type pour « accoucher la mémoire », mais il faut lui laisser le temps de refaire surface.

Pour ma part, je veille à instaurer un climat de confiance entre le biographié et moi, en organisant les entretiens dans un endroit calme, propice aux confidences et aux échanges sereins. Cela se passe la plupart du temps au domicile du biographié. De retour à mon bureau, je retranscris cet entretien et je commence à structurer le récit, avant de le lui envoyer pour relecture. Nous repartons de cette base lors de l’entretien suivant.

A lire

Toutes les biographies vous mobilisent-elles le même temps ?

Florence Jarry : Le temps passé est très variable. Il ne dépend pas de l’âge de la personne, mais plutôt de sa capacité à agencer ses souvenirs, de la vélocité de sa mémoire, de la richesse de son parcours de vie… Il faut compter, en général, entre trois et cinq entretiens de deux heures. Mais ça peut être plus, bien évidemment, si le biographié a vécu sept vies en une ! Entre le premier entretien et la livraison du livre imprimé, de six à dix mois sont nécessaires pour mener une biographie à son terme.


Quelles sont les motivations de vos clients en transmettant leur histoire à une biographe familiale ? Pour qui ou quoi écrivent-ils ?

Florence Jarry : Par « clients », il faut distinguer deux typologies : ce sont soit les enfants du biographié, soit le biographié lui-même. Les enfants qui offrent à leur père ou à leur mère un « bon pour une biographie » le font généralement à l’occasion d’un anniversaire important. Par ce cadeau, ils marquent leur envie de poursuivre un petit plaisir, récurrent dans les familles, qui commence souvent par : « s’il-te plaît, raconte-nous l’histoire de quand tu étais petit ». Et surtout, de conserver ce récit écrit noir sur blanc.

Lorsque ce sont les biographiés eux-mêmes qui sont à l’origine du projet, ils m’expliquent généralement qu’ils souhaitent rendre hommage à leurs parents, transmettre des valeurs aux générations suivantes ou, parfois, justifier certaines décisions prises à un moment ou un autre de leur parcours.

Et si on écrivait soi-même notre biographie familiale ?

Cette biographie est-elle parfois l’occasion de confier un secret de famille ?

Florence Jarry : C’est en effet une possibilité. En tant que biographe familiale, il m’est arrivé que l’on me confie un petit secret. Mais avec l’injonction, quasi immédiate, de ne jamais l’écrire dans la biographie ! C’est un engagement que je respecte, bien évidemment. Il n’est pas de mon ressort de dévoiler un secret de famille. Il existe sur cette thématique un livre passionnant écrit par Sorj Chalandon, La Légende de nos pères.

Pouvez-vous nous parler d’une histoire qui vous a particulièrement marquée ?

Florence Jarry : Il y en a tellement, mais deux d’entre elles m’ont particulièrement émue. La première, c’est l’histoire de cet oncle de ma grand-mère, mort au combat le 9 novembre 1918. Deux jours plus tard, ses parents ont fait la fête avec tout le village pour célébrer l’Armistice, pensant revoir leur fils rapidement… La seconde histoire, c’est celle d’une cliente qui a fait appel à mes services, car elle n’était plus capable d’écrire une ligne, pas même sur une carte postale. Elle avait été traumatisée par son ex-mari : au moment de leur séparation, il avait découvert le journal intime de sa femme et photocopié les passages les plus « croustillants » pour les envoyer à leurs amis communs. J’ai alors mesuré ce que signifiait mon rôle de porte-plume.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite faire appel à une biographe familiale ?

Florence Jarry : Livrer sa vie à un inconnu n’est pas une chose évidente. Avant de s’engager, je conseillerai de rencontrer le biographe pour faire sa connaissance et sentir si une relation de confiance sera possible. Vous pouvez également demander à voir quelques-unes des réalisations de celui-ci.

Pour contacter Florence Jarry, biographe familiale : C’était hier

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