« La première fois que j’ai vu le corps mort d’un être cher… »

Corps mort hôpital@Martha Dominguez on Unsplash

J’avais 19 ans. Il y avait bien eu des disparus dans la famille, des morts brutales ou injustes, mais elles étaient finalement vite passées sous silence. Je n’avais pas été associée à ces moments là. Il y avait eu, aussi, les petits corps morts de ces animaux-amis. Que l’on s’appliquait à mettre respectueusement dans une boîte avant de les enterrer.

On jouait (très sérieusement) à faire comme pour-de-vrai: à déposer un bouquet de fleurs sauvages dessus et une croix improvisée, ma sœur et moi. Mais, cette fois-ci, je me retrouvais toute seule dans un sous-sol gris d’hôpital, semblable à un placard. Madeleine était là, m’avait-on dit (*)

En entrant, pourtant, je ne l’ai pas trouvée… A la place, j’ai vu, déposé sur le lit, le vieux vêtement usé qu’elle avait utilisé le temps de cette vie.

« Alors c’est comme ça !? », je me suis dit…

C’est comme ça que ça fait, quand on est parti ?

Un corps : comme un vêtement laissé sur un cintre et plus personne dedans !

Il avait quelque chose d’aérien, soudain, après ces derniers moments de vie insoutenables.

Longs.

Lourds…

Il avait quelque chose de léger ! (J’ai pensé à une étoffe, pour ce petit corps frêle)

Je n’ai pas osé le toucher, j’ai eu peur de le froisser.

Je l’ai juste effleuré du bout des yeux.

Et me suis laissée absorber par cette vision étonnante…

Personne ne m’avait accompagnée dans ce sous-sol inhumain.

Pas un seul soignant qui n’ait proposé d’être à mes cotés…

Sur le coup, je leur en ai voulu de m’avoir laissée toute seule comme ça !

Face à l’irrémédiable. Face aux regrets. Face à ma peine…

Ce n’est que plus tard. Bien plus tard, oui. Qu’en vieillissant, je comprendrais combien cette solitude avait été précieuse…

Combien ce vide (sidéral) m’avait permis d’apprendre à « regarder la mort en face »!

Il m’était utile, ce vide, insupportable, pour comprendre la « finitude ».

Il m’était utile, ce vide incroyable, pour oser me relier autrement à elle, dans l’intime.

Madeleine n’était plus là (tout de blanc vêtue, tout le temps).

Madeleine était ailleurs, c’est sûr.

Et, déjà, elle m’entraînait -malgré moi-vers d’autres chemins étranges, à partager…

(*) A 80 ans passés, Madeleine n’avait ni famille, ni ami. Nous nous sommes rencontrées dans un bus et rendues compte que nous étions voisines. De façon inattendue, une amitié s’est tissée entre nous.

Et si ça vous arrive… 

A SAVOIR

Lorsque nous sommes invités à passer « voir le défunt une dernière fois » avant la mise en bière, nous ne réagissons pas tous pareil. Certains d’entre nous ont besoin d’être seuls et de vivre ce moment en tête à tête avec l’être aimé, perdu. D’autres, au contraire, redoutent cette solitude et ont besoin d’être accompagnés. D’autres enfin, ne se sentent pas capables d’y aller.

AGIR

C’est la « 1ère fois que vous allez voir un mort » ?

Laissez de coté les conventions sociales… N’écoutez pas les autres. Si vous vous sentez à l’aise avec l’idée de rendre visite au défunt, suivez votre instinct.

Cela peut se passer :

  • Au domicile (ou dans une chambre de la famille l’accueillant)
  • En maison de retraite (dans sa chambre ou au reposoir)
  • Au funérarium
  • Dans la chambre de l’hôpital ou la chambre mortuaire

Vous préférez y aller seul(e) ?

Formulez votre besoin d’avoir un moment seul(e) avec la personne défunte avant de vous  déplacer.

  • Surveillez les horaires d’ouverture des funérariums ou vérifiez qu’il est possible d’avoir le code d’accès (« accès jour et nuit », dans certains endroits).
  • Demandez les horaires d’ouverture de l’hôpital.
  • Négociez le « temps nécessaire » pour vous (une demi-heure ? 1 heure ? 2 heures ? etc.) Vous pouvez venir autant de fois que vous le souhaitez…

Vous préférez être accompagné(e) ?

Formulez ce besoin aux gens de votre entourage. Et si personne n’est disponible ou ne se sent capable de vous accompagner, demandez l’aide de personnes extérieures à l’aise avec ça : professionnels de l’accompagnement, associations, personnel des pompes funèbres, soignants…

A lire : « Je veux des funérailles écologiques ! », le livre auto publié (2014) de Laetitia Royant, épuisé mais disponible gratuitement en version PDF en contactant l’auteure par mail (nomade_lh@hotmail.com) ou « Funérailles écologiques, Pour des obsèques respectueuses de l’homme et de la planète, co-écrit avec B. Lapouge, 25 €, éditions Terre Vivante

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