Pourquoi j’ai décidé d’accompagner la mort au quotidien

Claire Morinière accompagne les personnes en fin de vie ainsi que leurs familles. Lorsqu’elle parle de son activité, la question revient souvent : mais pourquoi avoir voulu travailler aux côtés des morts et des personnes endeuillées ? Les réponses sont multiples et remontent à l’enfance.

Mon premier souvenir

Mon premier souvenir en lien avec la mort remonte à mes 5 ou 6 ans. J’accompagnais mon père pour rendre visite à grand oncle sur son lit de mort à son domicile. Ma mère ne voulait pas que j’y aille mais j’ai tellement insisté qu’elle a fini par céder. Je ne peux pas expliquer pourquoi c’était si important pour moi. C’était intuitif, comme un appel. C’était sans doute aussi un mélange de curiosité, et le besoin d’être ensemble, en famille. C’était la première fois que je touchais le corps d’un mort.

La première fois où je suis décédée

À peu près au même âge, alors que j’étais en vacances à Belle-Ile-En-Mer sur la plage de Donnant, j’ai eu un accident. Je nageais loin de la plage et j’ai été emportée brusquement par un rouleau. J’ai le souvenir de m’être mise en boule et d’avoir arrêté de respirer pensant qu’une fois passé le rouleau je pourrai de nouveau reprendre mon souffle. Mais ça a duré trop longtemps, alors je me suis abandonnée à moi-même. C’est là que j’ai vu de la lumière et des personnes qui me tendaient la main. Puis je suis décédée. Ou plutôt d’”essai dé”, parce que la vague m’a ramené sur la plage et quelques minutes après j’ai ouvert les yeux, craché de l’eau et respiré de nouveau. C’était ma première EMI.

L’envie de rejoindre les étoiles

Suite à cette expérience, il y a eu plusieurs années d’errance avec moi-même. J’ai essayé de comprendre les autres êtres humains, sans vraiment y parvenir. Je souffrais le martyre au fond de moi. Je m’imaginais quel scénario pour en finir, sans que ça soit douloureux et pas compliqué pour les gens qui restent. Le déclic, ça a été de comprendre la souffrance de ma mère. Je me suis vue morte et j’ai vu ma mère tomber en dépression. Je me suis dis qu’il ne fallait pas que je vive uniquement pour moi mais aussi pour elle. C’est le contact avec les animaux qui m’a aidé à rester. Je me sens liée avec eux. Ils arrivent à communiquer au-delà des mots. Je me sens appartenir à cette famille de mammifère avant de faire partie à celle des humains. Parfois ils m’appellent, avant je communiquais avec les chats de mon quartier et ils venaient à la fenêtre. J’ai jamais été déçu par un mammifère.

La rencontre avec le Body-Mind-Centering

Puis un jour, comme si la Vie avait entendu mon appel, elle s’est mise à me sourire, à me permettre de regarder le verre à moitié plein plutôt que vide. J’ai ainsi commencé à trouver le sens de mon existence au travers de la rencontre du Body-Mind Centering, une pratique d’éducation somatique et de la méditation Vipassana alors que j’avais 21 ans. Je suis encore aujourd’hui tellement pleine de gratitude et de reconnaissance envers la Vie d’avoir mis sur mon chemin ces précieux outils pour me reconnecter à mon corps et l’essence de mon Être.

Aujourd’hui, j’utilise cette pratique comme le fil rouge de mes accompagnements. Par exemple, lorsqu’une décision doit être prise et que l’entourage n’est pas certain du bon choix, je leur propose de demander au défunt. On se met autour de lui, on discute de ce qui est plus juste pour lui. Généralement, il y a toujours quelqu’un qui dit « tiens j’ai l’impression de l’avoir entendu dire ça ». 

Réhabiliter les savoirs ancestraux dans la prise en charge de nos morts

Lors de mes accompagnements, j’aime prendre le temps de transmettre aux familles la façon dont ils peuvent sentir et ressentir les éléments. Il peut s’agir du cœur de leur proche alors qu’il vient de rendre son dernier souffle. De la même manière, les tissus du corps ont une mémoire et leur propre rythme de mise au repos totale. On peut sentir encore l’empreinte du sang qui circule dans le corps et la pulsation du cœur alors même qu’il s’est arrêté de battre. Pour moi il est primordial d’écouter tous ces rythmes pour prendre soin pleinement de nos morts. C’est une étape qu’on oublie la plupart du temps.

J’aime aussi prendre le temps de me relier à la Nature, au vivant et à la personne défunte, notamment quand je prépare et j’officie des cérémonies laïques pour les familles. C’est toujours un grand moment de grâce pour moi. Je me sens complètement immergée, comme lors de mes séances d’apnée. Depuis cet espace singulier, j’ai créé un support décliné selon les 5 éléments, liés aux 5 directions, 5 âges de la Vie pour proposer des cérémonies laïques aux familles qui font sens.

Pour moi il est important de réhabiliter les savoirs ancestraux dans la prise en charge de nos morts. Et cela inclue la notion de rituel de passage. Pas besoin d’être croyant en une religion particulière, il suffit juste d’écouter le vivant et de se souvenir de l’âge de l’humanité toute entière et de nos pratiques. Tout y est.

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