Emiliano Sala, accepter une mort sans corps

Il y a deux semaines, Emiliano Sala et son pilote ont disparu dans les airs, sans qu’aucune trace de leur corps n’ait encore été retrouvée. Nous avons interrogé la psychologue Hélène Romano sur la difficulté de faire son deuil sans la véritable preuve de la mort : le corps.

Un dernier message, paniqué, et puis… plus rien. Silence radio. L’avion de tourisme qui transportait Emiliano Sala a disparu des radars le 21 janvier dernier. Voyageant entre Nantes et Cardiff, l’ex-joueur de l’équipe nantaise et son pilote, David Ibboston, se sont évaporés, entre l’immensité du ciel et celle de la mer. La police n’a su jusqu’alors retrouver que des débris d’avion, mais rien concernant leur propre personne. D’un côté, les hommages fleurissent, les nécrologies se succèdent, mais de l’autre… le doute. Se résigner ? Accepter une mort quasi-certaine ? Ou attendre le miracle ?

Emiliano Sala : le deuil perturbé par l’espoir

Emportés par les vagues, les corps des deux passagers peuvent être n’importe où désormais. La police avait rapidement cessé les recherches, mais la famille d’Emiliano Sala a refusé d’abandonner. La sœur du footballeur, surtout, a déclaré en conférence de presse «savoir au fond de [son] cœur qu’Emiliano est vivant» et a imploré publiquement la reprise de l’enquête. « Cette réaction est très fréquente, en particulier dans la société occidentale » note Hélène Romano, psychologue spécialiste du traitement post-traumatique. « Il existe une étape d’incrédulité où, tant qu’il n’y a pas de corps, il y a de l’espoir ».

 

 

Car le corps est en effet la seule marque irréfutable de la mort. La preuve matérielle, elle, n’est “que” la preuve de l’accident. « J’ai suivi des familles de disparus du vol Air France », raconte Hélène Romano, « même lorsqu’on avait retrouvé des débris d’avion et certains corps, certaines familles dont le proche n’avait pas été retrouvé restaient persuadées qu’il avait miraculeusement survécu, se trouvait sur une île déserte… »

Le risque d’un deuil pathologique

Dans ces cas là, le deuil devient pathologique. La psychologue explique : « Dans le cas d’une disparition, la première réaction est une lutte contre la mort. Mais le temps passant et des preuves apparaissant, comme dans le cas d’Emiliano Sala, un principe de réalité s’impose. Si la personne persiste contre ce principe de réalité, avec des réactions inadaptées, l’apparition de troubles psychiques, alors on parle de deuil pathologique ».

Mais alors comment ces familles peuvent-elles se résoudre à accepter la mort d’un proche, sans corps pour en attester ? « Il faut ritualiser l’absence de contact en matérialisant la disparition » d’après Hélène Romano. Cette étape peut être l’installation d’une stèle, un pèlerinage sur les lieux de l’accident, le tout est de « pouvoir poser son chagrin ».

La médiatisation de la disparition d’Emiliano Sala et le deuil collectif

La difficulté du deuil auquel est confrontée la famille d’Emiliano Sala se caractérise également par la célébrité du joueur et la médiatisation de l’affaire. L’implication de la sphère publique dans le deuil y est très forte. D’un côté, les hommages se succèdent, ils « restaurent la communauté » autour du disparu. Cela peut être important pour la famille, de montrer son soutien, la « reconnaissance sociale » vis-à-vis de leur proche. De l’autre, ce deuil collectif peut « déposséder » la famille du sien. Hélène Romano rappelle l’intimité de cette période. « Il faut la respecter, en particulier pour les enfants », qui sont les premiers touchés lors de la surmédiatisation d’un décès.

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