« Décès du conjoint ou de son enfant : mettons en place un congé de deuil plutôt qu’un arrêt maladie ! »

Hélène Romano, psychologue spécialisée dans la prise en charge des blessés psychiques milite pour la mise en place d'un congé de deuil pour les conjoints ou parents endeuillés.
Hélène Romano

Hélène Romano, psychologue et docteur en psychopathologie

Quelle solution est apportée aux conjoints ou parents en deuil ?

« Si l’attention portée à la souffrance psychique semble mieux prise en compte, de nombreuses avancées restent à effectuer pour ceux et celles dont la vie se trouve fracassée par un événement traumatique. En tant que psychologue spécialiste des blessés psychiques, je reçois depuis de nombreuses années des personnes en souffrance suite à deuil et je constate que la société fait un déni total de leur douleur psychologique.

3 jours pour la perte d’un conjoint, c’est tellement peu !

A l’heure actuelle, le Code du travail accorde un droit à un congé de 3 jours au décès d’un conjoint (une durée plus élevée peut être prévue par une convention ou un accord collectif d’entreprise) et de 5 jours s’il s’agit du décès de son enfant. Au-delà de cette période, l’adulte en deuil n’a d’autres choix que de poser un arrêt maladie. Un congé de deuil serait beaucoup plus approprié. Car les quelques jours accordés aujourd’hui ne sont pas suffisants pour effectuer les nombreuses démarches qui incombent au conjoint ou au parent restant, pour accueillir sa propre douleur et surtout être disponible pour son ou ses enfant(s) endeuillé(s). Ils se retrouvent dans une situation très culpabilisante. Cela signifie concrètement que cette personne est, socialement, « malade » de ce deuil et « malade » des conséquences de celui-ci sur son (ses) enfant(s).

Moins de 4% des deuils entraînent des pathologies psychiatriques.

Mais cela ne doit pas nous faire oublier que la perte d’un proche implique un long processus psychologique. La personne en deuil doit apprivoiser et supporter la disparition de l’être cher et cela prend du temps. Être triste, pleurer, ne plus voir positivement l’avenir font partie des réactions habituelles dans notre culture occidentale. Chez l’enfant, les manifestations peuvent être différentes car avant 9-10 ans, un enfant n’a pas les capacités affectives et neuro-cognitives pour appréhender la mort comme quelque chose de définitif d’universel et qui n’est pas contagieux. Ses réactions peuvent dérouter son entourage. Il peut donner l’impression de ne pas être touché voire même d’aller bien, tout simplement car il ne s’effondre pas comme un adulte. Ces réactions ne signifient pas qu’il ne souffre pas. Elles ne signifient pas davantage que cet enfant n’a pas besoin des adultes pour prendre soin de lui, bien au contraire ! Ces périodes de deuil viennent réactiver des angoisses de perte majeures et il est fondamental que les proches puissent être présents aux côtés de ces jeunes endeuillés pour assurer une continuité psychique rassurante et protectrice. Il faut pour cela avoir du temps, être disponible et seul un arrêt de travail peut permettre à des proches de pouvoir l’assurer.

Créer un congé de deuil ou un congé parental pour accompagner les enfants blessés psychiquement par la vie m’apparaît indispensable.

Cela permettrait de sortir les personnes endeuillées de cette victimisation stigmatisante. Cette décision, qui ne peut venir que du monde politique, coûterait bien moins cher socialement que les arrêts maladie sans fin, mais serait surtout une reconnaissance humanisante de ce qui fait caractérise l’être humain : un être doué d’émotions, capable de se relever, quand on lui en laisse le temps, après une épreuve difficile de sa vie. »

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