Une vie pour nous remettre de la mort de notre enfant. 12 jours, c’est quoi pour vous ?

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Soyons clairs, ce ne sont pas 5 ni 12 jours qu’il nous a fallu et qu’il nous faudra pour nous remettre de la mort de notre enfant mais une vie tout entière. Un congé de deuil n’aide en rien à vaincre le traumatisme de la perte de son enfant mais peut, et doit, aider à gérer l’administratif qui s’impose à nous, parents, au moment où nous sommes les plus vulnérables. Les premières journées sont chargées en douleur, en émotions mais aussi en démarches et le temps joue contre nous.

Je vais vous décrire les jours qui ont suivi le décès de mon fils, Léo, le lundi 26 mars 2018.

Jour 1, “Votre enfant est mort”

Charles, mon mari, et moi-même, devons survivre au choc de l’annonce du décès soudain de notre enfant retrouvé en arrêt respiratoire chez l’assistante maternelle. Heureusement, nous sommes pris en charge par le service de réanimation néonatale d’un Centre de Référence de la Mort Inattendue du Nourrisson (CRMIN) de la région parisienne. Nos familles se pressent pour nous rejoindre.

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Jour 2, entre la morgue et le commissariat

Si je ne me lève pas ce matin-là, je crains de ne plus jamais être capable d’affronter mon existence sans mon fils.  Et surtout, je n’ai pas le choix ! Nous avons de nombreuses démarches administratives à effectuer. Il nous faut joindre la morgue pour pouvoir rendre « visite » à notre enfant et aller au commissariat pour une audition. Nous sommes exténués, vidés. L’ombre de nous-mêmes.

Jour 3, retour à l’hôpital

Notre visite à la morgue sera aussi l’occasion d’un rendez-vous avec les membres du service de réanimation néonatale à l’hôpital pour revenir sur les raisons de la mort de notre enfant. Il nous faut comprendre l’inacceptable.

Jour 4, mais où va-t-il reposer ?

Nous commençons à organiser, grâce à l’aide précieuse de nos proches et des pompes funèbres, le rapatriement du corps de Léo, en Normandie. J’ai à cœur que Léo soit enterré dans ma ville natale où je ne réside plus. C’est loin d’être simple. De nombreux coups de téléphone à la Mairie seront nécessaires pour obtenir une dérogation. Si  les pompes funèbres sont là pour nous soulager, de nombreux choix nous incombent. L’emplacement, le type de caveau, la cérémonie… Il faut prendre des décisions importantes alors que nous tenons à peine debout.

Jour 5, choisir son dernier écrin

Nous nous rendons aux côtés de Léo qui est arrivé dans la chambre funéraire de la ville. Le service des pompes funèbres est là et nous devons choisir un petit cercueil et une plaque que nous souhaitons graver en attendant de pouvoir obtenir la tombe et la stèle définitives. Il faut aussi organiser la cérémonie, prévoir la musique, des ballons, le buffet. Léo mérite la plus belle des cérémonies.

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Ce n’est pas à nos collègues de nous offrir ce temps additionnel

Pendant ces premières journées, l’esprit n’a pas le temps de se poser et le corps de se reposer. Tout passe à une vitesse aussi dingue que l’état dans lequel nous a plongé la mort de notre enfant. Des jours supplémentaires seraient donc essentiels voir vitaux dans un tel moment et ce n’est pas à nos collègues, quand on en a, d’accorder ce temps additionnel. C’est si délicat, culpabilisant… et surtout ce n’est pas avec eux que l’on a signé un contrat mais avec notre entreprise. Chacun à sa place.

À écouter

L’opposition à l’allongement du congé deuil repose sur une inquiétude : que les employés-parents-endeuillés (des 4500 enfants qui décèdent chaque année) coûtent trop cher à leur entreprise. N’est ce pas aussi le rôle de l’entreprise d’apporter soutien et accompagnement à ses salariés dans les moments les plus éprouvants de leur vie ? Ne peuvent t-elles pas alléger leur fardeau administratif pour qu’ils puissent ne se concentrer que sur le deuil de leur(s) enfant(s), leur donner ce coup de pouce pour assurer la suite des démarches (déclarer le décès de son enfant à la Mairie de résidence, aux administrations de santé comme la sécurité sociale et la mutuelle, préparer l’après…) et pouvoir, peut-être, un jour, leur permettre un retour plus doux dans le monde du travail.

Ce congé de deuil est tout sauf un arrêt maladie

Ce terme est hautement culpabilisant pour les parents. Perdre son enfant n’est pas une maladie qui se guérit avec du repos et des médicaments. Nous, parents, n’avons pas besoin de nous soigner, mais de nous retirer, en nous délestant du poids des décisions et des démarches pour pouvoir prendre soin de nous et de notre deuil, uniquement.

Le Président de la République a demandé au gouvernement « de faire preuve d’humanité » sur cette question. Croire en l’humanité, justement, c’est bien le seul espoir qu’il nous reste après le décès de notre enfant. Ne nous l’ôtez pas.

Son livre : Mon étoile Léo, de Julie Pestana Artero, éditions Michalon, 19 €

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