Death doula, pourquoi j’accompagne les gens dans la mort

Nathalie Bonafé est death doula aux Etats-Unis. Son rôle ? Adoucir le quotidien des personnes en fin de vie et les accompagner jusqu’à leur dernier souffle.
Doula de fin de vieCrédits : Brian A. Pounds

“Titulaire d’un doctorat en biologie & santé, j’ai travaillé pendant 20 ans dans différentes institutions de recherche scientifique aux Etats-Unis, et notamment sur les cancers et les infections virales. Mes responsabilités me comblaient mais ne me permettaient pas de me connecter à une partie de ma personnalité, celle de la bienveillance. Après une jolie carrière dans l’industrie, j’ai éprouvé le besoin de me tourner vers un métier plus humain. J’ai pris ma retraite et proposé mes services de bénévole en service de gériatrie et en soins palliatifs avant de devenir death doula.

La mort, un tabou tenace

La mort est encore très taboue aux Etats-Unis. Les étudiants en médecine n’étudient pas la mort per se. A la prestigieuse Université de Yale, la question n’est abordée que dans la section philosophie. On a du chemin à faire pour faire évoluer la place de la mort dans la société sur le terrain. En l’espace de trois ans, j’ai pu rendre visite et accompagner une centaine de personnes en fin de vie. Je me suis enrichie à leur contact. Chacun a son histoire. J’ai davantage conscience des angoisses qu’ils peuvent éprouver, des difficultés qu’ils ont à parler à leurs proches, de leurs besoins dans cette dernière étape de vie.

Death doula, une présence bienveillante jusqu’à la mort

Petit à petit, j’ai cheminé et me suis intéressée au métier de death doula. On accompagne les naissances, pourquoi pas la mort ? Je me suis formée à l’ International Doulagivers Institute (New York City) pendant un an et me suis lancée comme doula/consultante de fin de vie en créant A Gentler Parting LLC, un cabinet de conseil indépendant. J’ai beau être formé, mon cheminement personnel est une pratique quotidienne.  On ne peut pas servir les autres dans leur vulnérabilité sans faire un travail sur soi. Méditation, reiki, musique, coaching, marche dans la nature… Je pratique différentes activités pour prendre soin de moi et m’ouvrir à l’essentiel. J’ai aussi adopté deux chiens que j’appelle mes “therapy dogs”. Leur présence m’apaise. Cette hygiène de vie m’aide à retrouver de l’énergie après chaque accompagnement.

Aider les gens à être acteur de leur vie jusqu’au bout

Mon rôle de doula ? aider les gens à avoir une belle fin de vie, leur permettre d’en être acteur jusqu’au bout et soulager les familles. Cela passe par une écoute bienveillante, une présence authentique. Je me mets à l’écoute des manifestations physiques et émotionnelles des personnes que j’accompagne. Beaucoup de familles vivent au quatre coins du pays et les enfants ne peuvent pas être disponibles autant qu’ils le voudraient, auprès de leurs parents. Je suis là pour combler ce manque. Je peux jouer les « dames de compagnie », m’assurer que tout va bien et alerter les équipes médicales et la famille si la situation devient critique. Si la personne est hospitalisée, je peux avoir un rôle d’ intermédiaire avec les soignants. Rodée au vocabulaire médical, je peux décrypter certaines informations et rassurer le patient. A travers une écoute bienveillante et beaucoup de discussions, j’aide les gens à surmonter leur peur de la mort et à l’appréhender de manière plus positive, comme un voyage transformateur.

 

Trouver le lieu de repos éternel d’une cliente

En tant que death doula, il m’est arrivée d’accompagner des personnes âgées jusqu’à leur dernier souffle. Je pense notamment à cette femme, qui vivait seule, malade du cœur et atteinte d’un cancer. Elle ne voulait pas rester à l’hôpital et était très inquiète à l’idée de mourir seule. Elle avait été professeure à l’Université, avait beaucoup voyagé. On pouvait avoir des discussions qui duraient des heures et on riait beaucoup. Elle a pu me faire part de ses dernières volontés : elle souhaitait une crémation mais étaient trop fatiguée pour choisir son lieu de repos. J’ai visité pour elle des cimetières, lui ai suggéré un emplacement dans un parc historique, l’ai pris en photo. C’était un endroit ombragé en été, ensoleillé en hiver, non loin de l’Université où elle avait enseigné 45 ans de sa vie. L’idée de reposer dans un endroit, où elle avait aimé marcher si souvent, lui plaisait. Savoir où elle reposerait l’a apaisé. Elle est morte en me tenant la main et en me regardant dans les yeux.

Le métier de doula de fin de vie mettra du temps à être reconnu

Nous sommes aujourd’hui plusieurs centaines de doulas de fin de vie à être formées et certifiées aux Etats-Unis et dans le monde. Nos profils sont divers : anciens scientifiques, infirmières, avocats, médecins, travailleurs sociaux, soignants, aumôniers, consultants, opérateurs funéraires, sages-femmes, conseillers en deuil et coachs de vie. Il faudra du temps avant que notre métier soit reconnu et vu comme un apport supplémentaire et non comme, une concurrence faite aux soignants ou au personnel officiant dans les maisons de retraite. En plus de nos connaissances, notre disponibilité est notre plus grand atout. Compte tenu de la situation actuelle dans les hôpitaux et les maisons de retraite, les soignants peuvent difficilement offrir ce temps d’écoute.

Qui aurait misé sur les doulas de naissance il y a 20 ans ?

Les death doulas ne sont pas encore complètement les bienvenues dans les structures de soins, mais c’est à nous de nous présenter avec respect, calme, confiance et fermeté. Notre intégration nécessitera un travail de sensibilisation : au fil du temps, nous parviendrons à prouver que notre intervention non médicale peut contribuer, avec la gestion de la douleur par les soins palliatifs, à une mort plus douce et plus sereine. Nous empruntons le même chemin que les biographes en soins palliatifs ou les musicothérapeutes, qui ont su prouver les bienfaits de leurs disciplines. Qui aurait misé sur les doulas de naissance il y a vingt ans ? Aujourd’hui, elles sont de plus en plus nombreuses à accéder aux salles d’accouchement pour accompagner les parents jusqu’à l’arrivée du bébé puis après. Les sages-femmes ne les voient plus comme des concurrentes mais comme des partenaires. Pourquoi ? Parce que les études récentes en neurosciences ont démontré les bénéfices de la présence bienveillante et réconciliante. Un jour, peut-être, nous ferons aussi partie de la chaîne humaine qui apaise les vivants à l’approche de la mort.

 

 

 

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