“12h05. Nous sommes mariés. 12h30. On lui injecte les produits de sédation”

Mariage in extremis, Virginie témoignage

Le 22 mai, j’aurais dû me marier. Robe blanche, costume, cravate, alliances, tout était prêt. À 42 ans, enfin mon grand jour approchait.

Il avait fait sa demande quelques mois auparavant. Une demande farfelue, un peu comme lui : en plein grande surface, rayon pommes de terre. Entre la laitue et carottes : Tu voudrais pas qu’on se marie ? Ce n’était même pas une blague. Ce jour-là, on est restés enlacés 45 minutes devant les patates. On a pas fini nos courses car le magasin fermait. On s’est fait virés, direction la caisse.

Puis… Covid. Confinement. Report du mariage. Déception, mais… Ce n’est pas grave. On a toute la vie devant nous pour nous marier.

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12h05. Nous sommes mariés. 12h30. On lui injecte les produits de sédation

Le 23 août, je me suis mariée. En 2020. 15 mois après la date prévue. Sans robe blanche, sans costume, sans alliance.

En procédure dite “mariage in extremis”. Assise sur une chaise, près du lit d’hôpital sur lequel il était branché mais totalement conscient. Lui tenant la main.

Sournoisement et en silence, un crabe l’avait dévoré de l’intérieur. Une attaque d’une violence qu’on n’imagine pas. On arrive aux urgences pour un mal de ventre, et on apprend quelques heures plus tard que c’est un stade terminal.

10 jours. 10 jours de souffrances impossibles à calmer. 10 jours d’agonie. Il a préféré demander à en finir, mais que nous nous marions avant.

12h00. Arrivée de l’était civil dans la chambre d’hôpital. 12h05. Nous sommes mariés. 12h30. On lui injecte les produits de sédation. 15h00. Il sombre dans le coma. 00h00. Son coeur, dernier organe à fonctionner, cesse de battre. Sa main dans la mienne.

On en connaît jamais la valeur d’une chose ou d’une personne tant que ne l’a pas perdue

Ce week-end, j’ai assisté au 1er mariage depuis le nôtre. Et ce soir, je mange des pommes de terre seule devant mon assiette.

Pourquoi je vous parle de ça ? Cet événement a bouleversé ma vie et mes priorités.

Parce que même si on le sait, tant qu’on ne l’a pas vécu, on continue de faire passer le boulot et les choses futiles avant l’essentiel : ceux qu’on aime et nous-même.

On reporte à plus tard ce qui, sur le moment, ne nous semble pas si important. On ne connaît jamais la valeur d’une chose ou d’une personne tant qu’on ne l’a pas perdue.

Alors je voulais juste vous faire prendre conscience, qu’on est bien peu de choses ici bas. Que sans ceux que l’on aime, tout ce qu’on investit dans le travail a bien peu de sens.

Que surtout, il faut profiter de chaque seconde qui nous est donnée. Demain, il sera peut être trop tard.

Jamais je n’aurais imaginée être veuve à 43 ans.

N’attendez pas qu’un tsunami traverse votre vie pour agir. Vivez, respirez, soyez qui vous voulez être.

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