Peyo, le cheval qui soulage les fins de vie

Peyo, un bel étalon alezan, parcourt la France avec son dresseur Hassen Bouchakour pour visiter des personnes hospitalisées en soins palliatifs. Une initiative de l’association Les sabots du cœur.
Cheval soins palliatifsCrédits: Les Sabots du Cœurs sur Facebook

« Accès réservé au service », la porte de secours de l’unité de soins palliatifs du centre hospitalier Techer de Calais s’ouvre. Et c’est un cheval qui fait son apparition. Ce bel étalon répond au nom de Peyo est un habitué des services de soins palliatifs.

« Tout a commencé il y a quatre ans » raconte Hassen Bouchakour, multiple champion du monde en dressage artistique. Au fil des shows équestres, dès le rideau tiré, celui-ci s’aperçoit de l’extraordinaire empathie de son cheval à l’égard de certains spectateurs handicapés ou malades. La réaction de Peyo suite au décès d’un proche finira de le convaincre de se lancer dans ce projet associatif Les sabots du cœur. « Lorsqu’il a cherché à me consoler en posant sa tête sur mon épaule, c’est là que j’ai compris que ce cheval était une vraie éponge. »

Depuis ce jour, le duo homme-cheval mène une double vie. L’une sous la lumière des projecteurs pour des soirées de galas, l’autre dans l’intimité de chambres d’hôpitaux ou d’EPHAD. À la création de l’association, le cavalier-danseur lui a tout appris comme marcher sur du carrelage, monter des escaliers, sortir d’une chambre en marche arrière, et surtout le plus difficile, faire ses besoins sur commande. Avant de pouvoir mettre ses sabots dans les couloirs, Peyo est préparé pendant plus de deux heures par son dresseur. Il est tondu, shampouiné, brossé et déparasité. Ses naseaux sont lavés, sa crinière tressée, ses sabots traités.

Un cheval détecteur de tumeurs

Une fois prêt, Peyo déambule dans les couloirs, à sa guise, guidé mais jamais dirigé. « Il a horreur de se sentir contraint et forcé, assure-t-il. C’est lui qui décide du malade qu’il veut visiter. » Pour choisir sa chambre, il fonctionne à l’instinct, là où une personne peut avoir besoin de lui. Jusqu’à donner des coups de sabot dans la porte pour montrer qu’il veut rentrer.

Très souvent, Peyo choisit des personnes malades du cancer. Il s’approche, renifle, souffle avec ses naseaux jusqu’à détecter quelle partie du corps est atteinte. Si on apprend à des chiens à détecter des tumeurs cancéreuses, jamais aucun vétérinaire n’avait pensé qu’un cheval pouvait avoir cette faculté. Aux yeux de son dresseur, Peyo a un sixième sens. « Sur 300 chevaux testés, seulement deux ont montré cette capacité à détecter les tumeurs. L’un était borgne et l’autre avait été dressé par un homme atteint d’un cancer », raconte Hassen qui souhaite inscrire sa démarche dans un cadre scientifique.

Le cheval infirmier en soins palliatifs

« En aucun cas il ne s’agit de visites de courtoisie ou d’animations équestres. »  Lui préfère parler de connexion entre un cheval et des patients. À chacun de ses passages, la magie opère. Une communication non verbale s’installe.

Des malades retrouvent la parole ou l’appétit en sa présence. D’autres osent quelques pas, à ses côtés, aidés de leur déambulateur. Partout où il passe, Peyo apaise, soulage, réconforte, atténue les douleurs et les angoisses jusqu’à parfois réduire les prescriptions de morphine. Les regards s’éclairent, un sourire se lit sur un visage émacié, une main lui caresse sa robe.

Le cheval a un regard si expressif qu’il semble comprendre mieux que quiconque ce qui se passe dans la tête du patient. « Il lui arrive même de lécher les membres malades qui ne fonctionnent plus », raconte Hassen. Le bel étalon adoucit les derniers instants, prêt à veiller la personne jusqu’à son dernier souffle.

« De tout temps, le cheval a été un passeur entre le monde du vivant et des morts. »

À Calais, la chef de service en soins palliatifs se souvient d’un patient en phase terminale : « On ne savait plus quoi faire pour le soulager dans les derniers instants. L’effet de Peyo a été tellement fort que l’on est sorti de la chambre pour le laisser seul avec lui. Après son décès, il s’arrêtait systématiquement devant sa porte. » Si Peyo reste une énigme pour la science, Hassen a son début d’explication à cette étrange alchimie qui s’opère. « Les patients en soins palliatifs sont dépendants de tout. Ils se retrouvent face à un animal qui ne les juge pas avec lequel ils peuvent assouvir leur besoin primaire. »

Aujourd’hui, Hassen a pour projet de créer un centre d’hébergement où des malades en fin de vie vivraient au milieu d’animaux. « Le bâtiment serait en forme de fer à cheval, avec une mini ferme au centre, de sorte qu’ils aient en permanence la vue sur les moutons, les lapins, les chèvres… » Avec docteur Peyo en chef de service !

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