Un colloque pour les enseignants confrontés à la mort et au deuil à l’école

deuil enfant

La mort au programme

Comment parler de la mort à l’école ? La série américaine “13 Reasons Why” avait abordé le sujet, en 2017, à travers le récit du suicide d’une lycéenne et les conséquences de sa mort sur ses camarades. C’est cette fois-ci la Haute École Pédagogique de Vaud qui s’y intéresse, avec le colloque scientifique Morts et deuils en milieux scolaires” qui se tiendra le 13 et 14 septembre en Suisse. Destiné aux professionnels des milieux scolaires, il questionne leur rôle dans la gestion des décès qui touchent les élèves. Des chercheurs et des professionnels de la santé du monde entier viendront partager le bilan de leur recherche à travers quatre grandes thématiques : la gestion de crise, l’orphelinage, l’école et les migrations et l’éducation à la mort.

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À l’école, un enfant par classe est orphelin

Si aujourd’hui, on sait qu’un enfant par classe est orphelin, le sujet reste tabou. Et peu de ressources sont proposées aux équipes pédagogiques pour accompagner au mieux cet événement douloureux. Or, le deuil chez un enfant peut se traduire par de nombreuses conséquences sur son développement, et avoir des effets importants sur sa scolarité, de décrochage notamment. “On sait que les enfants n’arrivent pas à mémoriser ou à se concentrer les premiers mois du deuil”, explique Christine Fawer Caputo, la chercheuse en charge du colloque. “Il est donc nécessaire d’épauler l’élève sur le long terme. La complexité du deuil est en effet qu’il s’effectue souvent par cycles, et l’enfant a donc des périodes de “revivance” des symptômes à certains moments, y compris longtemps après le décès”, ajoute-t-elle.

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Lutter contre le décrochage des enseignants

Comme le souligne la Haute École Pédagogique de Vaud, avec le décès d’un élève, “c’est tout l’équilibre de l’institution qui se trouve brutalement mis à mal. D’où la nécessité de trouver des ressources et des structures pour accompagner les professeurs et éducateurs dans leur rôle, aussi bien vis-à-vis des familles que des élèves. De fait, Christine Fawer Caputo constate que le sujet de la mort en milieu scolaire n’est investi que par des psychologues. Or, les enseignants ne sont pas psychologues, et ce sont bien eux qui sont au front tous les jours. La docteure en sciences de l’éducation regrette le manque d’outils et de soutiens mis à disposition des professeurs dans ce genre de cas. “Un tel événement peut avoir des résonances traumatiques pour un prof”, souligne Christine Fawer Caputo, “c’est un drame qui peut faire écho à sa propre histoire”. D’où l’importance de leur mettre à disposition des ressources spécifiques et leur offrir un espace de dialogue entre pairs. Surtout que les enseignants sont souvent des “tuteurs de résilience” pour les élèves qui traversent un décès. En se montrant à l’écoute et en valorisant leur travail, ils les aident à aller de l’avant et à s’insérer dans leur vie d’adulte. “Ce n’est d’ailleurs pas étonnant si de nombreux orphelins deviennent enseignants”, glisse la chercheuse.

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Supprimer les angles morts du sujet à l’école

Il reste beaucoup à faire pour dé-tabouiser la mort à l’école. Je me bats pour que l’école prenne ce sujet en charge, lâche Christine Fawer Caputo. Un combat loin d’être simple, et même “épuisant”, confie-t-elle, étant donné que le domaine est peu investigué. L’école est vue par beaucoup comme un sanctuaire, dans lequel on ne doit pas parler de la mort, parce que cela rendrait les enfants tristes ou parce que cela ne serait pas le rôle de l’école. En réalité, les enfants parlent de la mort très facilement, et se posent naturellement des questions.Si on ne parle pas de la mort avec eux, ils risquent de combler les trous et d’imaginer le pire, chaque fois qu’on ne leur dit pas tout”, prévient l’organisatrice du colloque. C’est pour cela que le sujet doit être évoqué en classe, toutes les disciplines pouvant facilement être convoquées pour en parler : la philosophie, les sciences et vie de la terre, l’histoire, mais aussi les fêtes (comme la Toussaint et Halloween, ou encore la fête des morts au Mexique…). Ne pas faire de l’école un lieu angoissant, mais y intégrer la mort et le deuil pour mieux vivre, une philosophie qu’on partage chez Happy End !

Il est encore temps d’y participer !

Le programme du colloque est disponible en ligne sur le site du colloque et les inscriptions sont toujours ouvertes, n’hésitez donc pas à participer si vous êtes intéressés par le sujet. Les inscriptions se font en ligne. Le colloque est ouvert à tous, peu importe votre profession, il dure 2 jours et coûte 80 francs suisses (environ 80 euros). Vous pouvez y assister en présentiel à Lausanne ou à distance.

Lire le dernier ouvrage de Christine Fawer Caputo : “La Mort à l’école, Annoncer, accueillir, accompagner”.

 

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