Humusation : l’homme, un être vivant comme un autre ?

Et si les Etats-Unis devenaient le premier pays à légaliser le compostage du corps humain ? Un sénateur démocrate a déposé un projet de loi en ce sens début 2019 alors qu'en Belgique, une association défend depuis plusieurs années une pratique similaire, mais encore plus proche de la terre : l'humusation. Explications.

Composter les morts… Tel est le projet de loi qu’a soumis le sénateur démocrate Jamie Pederson à l’Etat de Washington en ce début 2019. S’il venait à être accepté, les américains seraient les premiers à pouvoir bénéficier de cette pratique : la « recomposition ». Pourtant, c’est bien plus proche de nous qu’il faut regarder pour trouver les militants de la première heure en faveur d’une technique très similaire : l’humusation. En Belgique, la Fondation Métamorphose pour mourir…… puis donner la vie s’active depuis 2015 pour faire connaître l’humusation aux européens et inciter les politiques à légaliser cette technique funéraire.

L’humusation, c’est quoi ?

L’humusation est une technique funéraire écologique consistant à déposer le corps du défunt dans un compost qui lui est dédié. Fini le cercueil ! Le défunt est enveloppé dans un simple linceul, constitué d’un tissu biodégradable. “Il faut le moins d’obstacle possible entre le microbiote intestinal et la microfaune du sol” explique Francis Busigny, fondateur de la fondation belge Métamorphose pour mourir…… puis donner la vie.. Michel Kawnik, président de l’Association Française d’Information Funéraire (AFIF), ajoute “plus il y a d’oxygène, plus la thanatomorphose s’opère facilement, et engendre la disparition du corps”.

Le corps est ainsi déposé à la surface de la terre, sans être enterré. “A deux mètres de profondeur, il n’y a pas de vie” remarque Francis Busigny. Pour se décomposer, il est entouré d’environ 2m³ de résidus de bois d’élagage et recouvert d’une couche de feuilles mortes et de paille. La famille peut également fleurs lors de la cérémonie. Le corps repose 12 mois, le temps de sa décomposition, dans ces “Jardins-Forêt de la Métamorphose”.

Dès 2 ou 3 mois, la chair s’est décomposée, grâce à la température et aux micro-organismes”. Lors de cette étape, l’humusateur agréé retire du corps les éléments non biodégradables : pacemaker, prothèse en silicone… Les os et dents sont également « moulinés » pour s’intégrer plus aisément à la terre.

Après 12 mois de décomposition, le défunt devient un “humus sain et fertile”,  soit un engrais. Il peut ainsi être réintégré à la terre pour retrouver le cycle de la nature et du vivant. D’après Francis Busigny, il ne suffira que de 1% de l’humus produit par le défunt pour faire naître l’arbre de recueillement pour les familles. Le reste sera utilisé au profit de terrains dont la qualité de la terre a été attaquée par l’exploitation humaine.

Quelle différence avec la « recomposition » à l’américaine ?

Toutes les deux s’inspirent de la même technique, déjà expérimentée, du compostage d’animaux morts directement dans les fermes. Pour autant, la « recomposition » à l’américaine est différente de l’humusation défendue en Belgique. Le processus de recomposition se fait dans un cylindre, en intérieur. Dans celui-ci sont réunis les produits naturels comme les broyats de bois et le foin, mais le reste est maîtrisé artificiellement. La décomposition est activée par une température élevée et l’aération y est régulière. Ainsi, le corps se décompose en un mois contre 12 avec l’humusation. Pour Francis Busigny, la solution américaine n’est pas aussi efficace que l’humusation, utilisant la microfaune du sol à même la terre. La recomposition selon lui ne peut obtenir les « caractéristiques des sols auto-fertiles résistant à l’érosion ».

Mais l’isolement de la recomposition rassurent les familles craignant la venue de charognards lors de l’humusation. « Les matières recouvrant le défunt empêchent l’émanation d’odeurs des corps en décomposition, ce qui évite de tenter des charognards », souligne Francis Busigny.  De plus, pour s’en préserver, les « jardins-forêt de la métamorphose » seront clôturés.

Combien coûte l’humusation ?

Le coût de l’humusation n’a pas encore été clairement défini. Le président de la fondation belge mise sur une économie de 400 à 500 € par rapport à une inhumation ou une crémation. En effet, aucun cercueil ne sera nécessaire.  Des cercueils pourront être loués, le temps de la cérémonie, pour faire baisser le coût de l’opération. « L’humusation va apparaître comme la solution idéale face à  l’accroissement du prix des énergies fossiles, utilisées dans les techniques funéraires classiques », ajoute t-il.

Il reconnaît toutefois qu’« il faudra ajouter le coût de main d’oeuvre des humusateurs agréés. Mais c’est positif, cela va créer des emplois ! ». Et la famille n’aura à payer qu’un an de concession au “Jardin-Forêt de la Métamorphose”, le temps de l’humusation, rien en comparaison des dizaines d’années de concessions dans les cimetières ou collumbariums”. Il évalue alors, sur l’ensemble des funérailles, 2000 à 3000 € d’économie, ce qui est loin d’être négligeable.

A quand la légalisation de l’humusation ?

Depuis plusieurs années, La Fondation Métamorphose pour mourir… puis donner la vie milite pour la légalisation de l’humusation en Belgique, mais aussi en France. Depuis 2014, sa pétition qui recueille a rassemblé 14 905 signatures.

La fondation a surtout développé une stratégie de lobbying auprès des élus locaux. Elle mise sur la politique de proximité car les élus connaissent leur territoire et les problèmes émergents. La Fondation encourage d’ailleurs les habitants à communiquer à leur commune leurs “acte de dernières volontés” et propose même des modèles déjà rédigés sur son site internet. Pour être efficace, la Fondation compte sur la mobilisation des citoyens qui prouveront aux élus un réel engouement pour l’humusation.

Ces stratégies ont déjà porté leurs fruits puisqu’en 2014 le Code de la Démocratie locale en Région Wallone a été modifié. Des points de suspension ont été ajoutés dans la liste des pratiques funéraires autorisées, laissant une possible ouverture à l’humusation. Autre changement encourageant : fin 2018, le ministère de l’environnement du gouvernement wallon a lancé la première étude officielle en vue d’une possible légalisation.

En France, la sénatrice du Rhône Elisabeth Lamure a interpellé le ministre de l’intérieur en 2016 au sujet de l’humusation de plus en plus demandée par les français. Celui-ci a répliqué que les éléments entourant ce processus ne possédaient pas de « statut juridique » et qu’une réflexion approfondie pourrait être engagée dans le cadre du Conseil national des opérations funéraires (CNOF) ». Pour autant, deux ans plus tard, rien n’a encore été communiqué par le Conseil en question sur l’humusation.

Pour Francis Busigny, il devient urgent de repenser la place de l’humain par rapport à la nature. D’ailleurs, “humain et humus possèdent la même racine”, remarque-t-il. Il faut retrouver une humilité vis-à-vis du vivant. Réintégrer le corps à la nature, c’est faire preuve de “gratitude” envers la terre qui a produit tout ce qui a été nécessaire à la vie du défunt. “On ne rend pas correctement à la terre les matières organiques que nous produisons”, ajoute le militant. « Quand on composte un corps humain, on ne le pas considère comme un déchet mais bel et bien comme une “ressource”. Un ultime cadeau à la terre qui nous a accueillie. 

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