Cimetière écologique : et si on reposait sous un arbre ?

Encore rares en France, les cimetières écologiques vous invitent à déposer les cendres du défunt aux racines d’un arbre. Une manière de renouer avec le vivant à sa mort.
cimetière écologique les arbres de Mémoire@Laura Remoué

Sous un épais brouillard, nos pas s’enfoncent dans l’herbe humide. Un coup de vent et des carillons se mettent à tinter. Les douces notes s’harmonisent d’un arbre à l’autre, chantant une même mélodie. Des rubans colorés pleuvent des branches. Au sol, un petit panneau nous donne un indice. C’est une femme qui repose sous ce Charme. Sous d’autres arbres, on découvre des cadeaux faits aux défunts. Bienvenue au cimetière écologique des Arbres de Mémoire

S’éloigner des espaces minéraux et retrouver, dans les cimetières, un peu de verdure. C’est l’ambition qu’avaient Réginald Freuchet et son père Joël en créant ce cimetière écologique en 2004. Situé à Pruillé, en Anjou, il faut parcourir plusieurs étroites routes de campagne pour découvrir cet atypique espace funéraire. Derrière une haie d’arbres, les bisons sont les seuls voisins. Le calme règne, bercé par le discret chant des oiseaux. Dans ce parc de 5,5 hectares, les arbres ont remplacé les pierres tombales. Il nous faut suivre une large allée, encadrée de hautes herbes, pour atteindre l’espace principal. Au printemps, le parc promet d’être verdoyant.

@Laura Remoué

C’est quoi un cimetière écologique ? 

Aux Arbres de mémoire, chaque arbre est associé à une personne ou une famille. Les cendres des défunts sont déposées dans des urnes biodégradables près des racines de l’arbre. La mort, ainsi, renoue avec la vie. Du chêne rouge à l’érable, en passant par le cerisier du Japon, l’identité des défunts est incarnée. Les familles ont le choix parmi douze variétés d’arbres. Sur les branches comme au sol, les hommages sont personnalisés. Plus que des plaques commémoratives, des figurines décorent les arbres et redonnent vie aux personnes décédées. On imagine de certains que leur couleur préférée était le violet, quand on devine pour d’autres l’amour des animaux.

L’origine de ce cimetière 

Suite au décès d’un proche, Joël Freuchet s’est trouvé confronté au difficile choix de la dispersion des cendres. “Il n’a pas su quoi faire”, raconte son fils. “Dans un petit village du Maine-et-Loire où vivent mes parents, la coutume veut qu’un arbre soit planté dans le jardin communal à chaque naissance. Un petit panneau y est attaché pour annoncer le nom du nouveau né. Nous nous sommes dit : “Pourquoi ne pas  honorer les défunts de la même façon et déposer leurs cendres aux racines de l’arbre”. Symboliquement, les cendres retrouvent le cycle de la nature et on répond à une demande qui est autre que celle des cimetières. Cela permet aux familles de réaliser un geste écologique et symbolique après la crémation.”

Le concept est nouveau, si bien que l’entreprise est enregistrée, commercialement, en tant que “commerce de détail de fleurs”. “C’était ce qui se rapprochait le plus de notre activité,” plaisante Réginald. Juridiquement, le lieu est reconnu comme un site cinéraire. Son installation a été si bien accueillie que Roselyne Bachelot, à l’époque ministre de l’écologie, s’est rendue à l’inauguration. Mais, en décembre 2008, tout bascule. Une loi interdit la création de nouveaux cimetières privés. Elle n’est pas rétroactive : les Arbres de mémoire peuvent donc continuer à exister mais d’autres cimetières écologiques ne pourront pas voir le jour.  » 

 

@Laura Remoué

Combien ça coûte de reposer dans un cimetière écologique ?

Dans ce cimetière écologique, le coût d’un arbre individuel est de 1100 € pour 15 ans et à 3 900 € pour 90 ans. Les contrats sont valables pour des durées de 15, 30, 50 ou 90 ans. Mais trois possibilités se présentent aux familles : privatiser un arbre pour une personne, pour la famille, ou bien encore reposer au pied d’un arbre communautaire. L’urne biodégradable, quant à elle, est comprise dans le tarif de la concession.

Quant à l’assurance que ce parc privé ne fasse pas l’objet d’une revente, ou qu’il ne soit pas cédé à un tiers suite au décès de ses propriétaires, elle est garantie par un montage juridique. « Il y a deux sociétés : une qui exploite le parc et l’autre qui possède le terrain. Il y a donc des montages juridiques qui protègent l’immobilier. Puisque nous sommes reconnus comme site cinéraire privé, si nous rencontrons des difficultés un jour, le parc sera géré par l’Etat », assure Réginald Freuchet.

 

@Laura Remoué

Ces cimetières sont-ils 100% écolo ?

Contrairement aux cimetières actuels envahis de pierres tombales et de columbariums, généralement importés d’Asie, les cimetières naturels privilégient des arbres 100% hexagonaux ! “Nous nous approvisionnons localement, dans un rayon de 100 kilomètres autour du site”, précise Réginald Freuchet. Enfin, les urnes sont toutes biodégradables.

Quant aux choix intervenant en amont de la crémation, Réginald Freuchet estime que cela ne concerne pas “Les Arbres de mémoire”, qui interviennent après les funérailles. Les soins de thanatopraxie, l’usage de cercueils non vernis, en bois certifié français ne sont donc pas imposés pour pouvoir accéder à un emplacement dans le parc. Chaque cimetière écologique applique sa propre politique. Certains, comme le cimetière vert de Niort, ont mis en place une charte qui engage la famille à ne pas pratiquer de soins de thanatopraxie. .

Un dernier bémol empêche “Les Arbres de mémoire” d’être pleinement écolo : les transports. Les fondateurs du parc ont choisi ce lieu pour sa tranquillité, sans risque de futures constructions immobilières. Mais profiter du calme de la campagne a un coût. La distance par rapport aux villes alentours implique de se rendre aux Arbres de mémoire en voiture. Ainsi, l’impact environnemental des obsèques se calcule sur le long terme. Les déplacements des familles, au fil des ans, s’ajouteront donc à l’empreinte carbone de ces obsèques. “Nous faisons un geste écologique, mais nous n’avons pas une empreinte carbone zéro,” admet Réginald Freuchet.

Quelle solution pour demain ?

L’idéal serait que les cimetières communaux eux-même soient « convertis » en cimetières naturels afin de revégétaliser les villes. Pour Michel Kawnik, président de l’Association Française d’Information Funéraire (AFIF), “de nouvelles conceptions de cimetières pourraient voir le jour lors de l’ouverture de cimetières nouveaux”, plutôt que dans des cimetières déjà existants. C’est ce qu’a fait la ville de Niort. En 2014, elle a profité de la nécessité d’étendre son cimetière pour proposer ce nouveau modèle. La ville a ainsi inauguré le cimetière de Souché, une nouvelle graine semée dans ce champ, encore très jeune, mais fertile, des cimetières écologiques.

Où trouver un cimetière écologique ?

(parc cinéraire privé)
Lieu dit Les Places, Route de Grez en Neuville,
49220 Pruillé, Maine-et-Loire
02.41.22.04.54
(parc cinéraire privé)
19 rue du reclus,
56400 Auray, Morbihan
06.47.62.37.50
(cimetière communal)
Impasse Abel-Amiaux,
79000, Niort, Deux-Sèvres
05.49.04.10.49

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