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En France, plus de 1 grossesse sur 100 aboutit à la mort de l’enfant. Pourtant, le sujet du deuil périnatal reste peu connu et la douleur ressentie par les parents est encore régulièrement minimisée“Certaines personnes ne comprennent pas la tristesse des parents. Elles transforment cet non-avènement en non-évènement, comme si rien de grave n’était arrivé. Ce comportement fait beaucoup souffrir.”, explique Marie-José Soubieux, psychiatre, psychanalyste et spécialiste du deuil périnatal. Pour aider les parents à cheminer dans ce processus de deuil si particulier, il est nécessaire de mieux le comprendre.

Le deuil périnatal, c’est quoi ?

On parle de deuil périnatal lorsque des parents perdent leur bébé après 22 semaines d’aménorrhée et jusqu’à 7 jours de vie révolus. Toutefois, d’autres situations peuvent être prises en compte. “Pour moi, le deuil périnatal va au-delà de cette simple définition.”, affirme la psychiatre. Le deuil périnatal concerne donc également les morts fœtales in utero, les interruptions médicales de grossesse décidées en raison de grave malformations, les IVG, les fausses couches, les réductions embryonnaires, les interruptions sélectives de grossesse, les grossesses extra-utérine ou encore la découverte d’une stérilité.


Une perte brutale et traumatique qui fragilise le couple

Les premières personnes touchées par le deuil périnatal sont bien évidemment les parents. “Je me souviens d’un couple venu me voir à mon cabinet. La maman était très triste car son mari ne parlait plus de leur petite fille. Ça faisait quelques mois qu’ils l’avaient perdu. En réalité, au cours de nos séances, le mari a finalement expliqué qu’il partait faire son jogging chacun matin pour prier dans une petite chapelle et allumer un cierge qui se trouvait sur son parcours.”, explique la psychiatre.

Le perte d’un bébé peut venir ébranler la stabilité d’un couple, tant dans ses habitudes que dans sa capacité à communiquer. En effet, beaucoup d’endeuillés tendent à s’isoler après un décès. La perte d’un bébé est contre nature. “Le décès d’un enfant ne répond pas à la logique de la vie.”, explique Marie-José Soubieux. Malheureusement, aucun parent ne peut se préparer à cette perte brutale et traumatique suite à laquelle rien ne sera plus comme avant.

Pour accéder à des ressources supplémentaires et à une liste de thérapeutes spécialisé·e·s dans le deuil, effectuez notre parcours « Je vis un deuil ».

Un lien affectif qui ne se concrétisera jamais physiquement

Même si l’enfant décède avant l’accouchement, les parents ont généralement déjà prévu son arrivée au sein du foyer. Une chambre a peut être été aménagée, la grossesse a été annoncée… Sans constituer une présence physique, le bébé est bien là. “C’est un bébé que la mère ne connaît que par des sensations internes et le père par des images échographiques.”, explique Marie-José.

Ces éléments leur a permis de créer un lien affectif. La séparation qui s’en suit est donc aussi difficile que lors du décès d’un proche qu’ils auraient pu connaître pendant plusieurs années. « Suite à l’annonce du décès ou de la malformation qui va conduire à une interruption volontaire de grossesse, un entretien préalable avec une sage-femme ou une psychologue est généralement prévu dans les maternités. Il est toujours très long et il peut paraître violent. Pour les parents car la grossesse est toujours en cours et on leur parle d’autopsie, de caveau, de funérailles… Cet entretien va constituer un support de pensées très important sur lequel ils peuvent s’appuyer pour se préparer à la suite. », indique Marie-José Soubieux.


Un deuil qui touche toute la famille

Le décès d’un enfant fait également l’objet de plusieurs autres pertes, notamment celle du statut de parent lorsqu’il s’agit du premier né. Le couple doit faire face au deuil de leur future parentalité. En effet, c’est la naissance de l’enfant qui nous offre le statut de parent. Or, quand la grossesse n’arrive pas à terme ou lorsque le bébé naît sans vie, le couple passe de futurs parents à rien du tout. Pour faire face à ce vide linguistique, un nouveau mot a fait son apparition : les par’anges. Les parents sont également forcés de faire le deuil de ce qu’aurait pu devenir leur enfant et leur relation avec celui-ci. Cet aspect est généralement l’objet de tourmente.

Si on pense à la douleur ressentie par les parents suite à la perte d’un bébé, on envisage rarement la tristesse que peuvent ressentir les autres membres de la famille. Les grands-parents par exemple, se sentent généralement impuissants face à la douleur qu’éprouve le couple. Ils ne savent pas comment apporter leur aide et sont souvent démunis. Pour eux, cette mort est complètement inacceptable car ils sont supposés partir avant leurs descendants.

Lorsque le bébé n’est pas le premier enfant de la famille, ses éventuel·les frères et sœurs sont également touché·e·s par le deuil. « C’est toujours important de parler aux aînés frappés par ce drame. […] Pendant la grossesse, ils peuvent ressentir l’ambivalence d’être très contents de l’arrivée de ce futur compagnon mais aussi se sentir menacés. Quand la réalité frappe, ils peuvent éprouver de la culpabilité d’avoir eu des vœux de mort. », explique la psychiatre Marie-José Soubieux. Pour éviter aux enfants de culpabiliser, il est donc préférable de leur expliquer ce décès. « Il faut leur expliquer qu’ils n’y sont pour rien. » 

Le besoin de rencontrer d’autres parents endeuillés

Ces dernières années, on a pu constater une libération de la parole sur le sujet du deuil périnatal grâce aux actions de parents sur les réseaux sociaux, qui contribuent à faire évoluer le regard porté de la société. Avec son compte instagram @quinze.janvier, Eva partage à près de 5 000 abonnés, son cheminement depuis la perte de son bébé en janvier 2022. Le 23 juin dernier, elle partageait ses propos Je n’arrive pas à guérir. Oui c’est la vérité : je n’y arrive pas. Je reste bloquée avec mes angoisses et ma douleur.” Cette mise à nue de ses sentiments incite d’autres mam’anges à partager leur expérience et à partager leurs sentiments sans tabou. Sur Happy End, de nombreux parents nous livrent également leurs témoignages.

Pour accueillir la parole de ces parents, des groupes de parole de deuil sont nés. Généralement organisés par des associations spécialisées dans l’accompagnement du deuil périnatal, ils offrent un espace de parole nécessaire pour échanger sur leur vécu sans jugement. « Pour les parents, c’est extrêmement important de rencontrer d’autres couples qui ont vécu le même drame car ils sentent très incompris par leur entourage et la société. Parfois, ils n’ont rien besoin de dire. Seulement d’écouter les autres. », confie la psychanalyste.

Comment se reconstruire suite à la perte de son enfant ?

Découvrez l’intégralité de notre interview avec Marie-José Soubieux, psychiatre, psychanalyste er spécialiste du deuil périnatal sur YouTube.

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Commentaires

  • Leyla Salman
    Leyla Salman
    Le 19/04/23

    Cela fait 10 ans que j’ai perdu ma petite fille à 38 semaines et demi de grossesse. Merci pour cette interview qui m’est très parlant.
    Je confirme. La pire des choses pour des parents endeuillés est de penser que leur enfant est oublié. Cette année, pour les 10 ans de ma fille, j’ai mis un message qui exprimait mon sentiment après 10 ans et celui de mon mari et j’ai aussi rappelé que pour nous, notre belle étoile vivait toujours dans notre coeur.
    Après tout ce drame, il est difficile de trouver un sens à sa vie mais s’impliquer dans des projets qui permettent de rendre aussi hommage à l’enfant disparu aide. Pour ma part, tout ce que j’entreprends dans ma vie, je le fais en pensant à la rendre fière de moi, de nous. Elle est mon moteur et elle le restera pour toute ma vie – avec mes deux autres enfants.

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