Un évènement, une histoire à partager à la communauté Happy End ? Je partage mon témoignage

« Père Noël », « De Gaulle », « Momo la frite »… Sur Twitter, depuis six ans, des internautes s’amusent des surnoms d’inconnus, qui apparaissent parfois dans les avis de décès publiés dans la presse, juste en dessous des patronymes et juste au-dessus de l’âge du défunt. Ces sobriquets sont compilés par un compte sobrement intitulé « Surnoms mortels ».

Derrière l’arobase, Dominique, 40 ans, qui ne souhaite pas en dire beaucoup plus sur son identité. Ce que l’on sait, c’est que l’homme vit en Bretagne. Ses sources d’inspiration sont elles aussi bretonnes ou presque. Son compte regorge de surnoms tirés des quotidiens Le Télégramme et Ouest France. Il lit la presse quotidienne régionale tous les jours. Comme la plupart des lecteurs, il parcourt avec assiduité la rubrique nécrologique, l’une des plus populaires. Mais son but n’est pas de savoir qui est décédé récemment ou de connaître les horaires d’un enterrement. Dominique, lui, se délecte de la poésie de certaines formules, du comique de certaines maladresses, de la légèreté, parfois, d’un avis de décès, dans ces pages que l’on voudrait si formelles.

Poésie, absurdités et maladresses des surnoms mortels

En 2013, l’auteur de Surnoms mortels réalise qu’il n’est pas le seul à s’amuser des perles absurdes de la rubrique. Alors qu’il pousse la porte d’un troquet de Saint-Clet, village costarmoricain de 875 âmes, il tombe sur un groupe d’hommes « écroulés de rire », attroupés autour du Télégramme du jour. Ils y lisent un hommage, publié pour les dix ans du décès d’un dénommé Jean-Yves. Sous une photo en noir et blanc, la veuve avait cru bon d’ajouter un texte maladroit : « Il y a dix ans, tu as cessé de lutter contre la maladie, et, bien que j’ai comme compagnon un de tes copains, tu es toujours au plus profond de mon cœur. » Hilare, il raconte : « Tu es cocu post-mortem, avec un de tes copains, et en plus, c’est publié dans le journal avec ta photo ! »

Si l’on peut rire aux éclats des nécrologies – et donc d’une certaine façon de la mort – alors autant le faire avec des amis. Dominique commence à partager ses perles d’avis de décès sur son compte Facebook, en mode privé. Il décide de mettre en avant sur les surnoms. Pluie de likes, de commentaires : le succès est immédiat. Et puisque la créativité en terme de sobriquets farfelus ne tarit pas, le breton cumule rapidement une collection assez conséquente, qu’il décide d’offrir à une communauté plus large. En août 2014, le premier « surnom mortel » est posté sur le compte homonyme fraîchement créé. Monsieur Yannick Tiger, dit « Bouillotte », ouvre le bal.


La presse régionale, son terrain de chasse privilégié

Depuis, des centaines d’autres sont venus le rejoindre. Dominique a affiné sa sélection au cours des années. Il explique : « j’ai arrêté les surnoms “classiques”, les abréviations classiques de prénom, du genre “Dédé”. J’essaie d’éviter les papys trucs, pépé bidule … » Ces dernières semaines, il a « flashé » sur Monsieur Marc Bourguignon, dit “Le Bœuf”, ou encore Hubert Breton, dit “Cousin Hub”.

La presse régionale reste son terrain de chasse privilégié, même si des avis venant du Monde ou de Libération se glissent de temps en temps dans sa sélection. « Il est clair que le côté rural joue sur le nombre de surnoms dans les nécrologies » développe Dominique. Il découvre l’importante tradition des surnoms en Bretagne. Les habitudes du début du siècle, où l’on attribuait des pseudos à presque tout le monde pour s’y retrouver, les patronymes n’étant pas très diversifiés, sont restées. « Certaines personnes ne sont connues que par leur sobriquet. Ça m’est arrivé récemment de publier un avis de décès et qu’une personne me réponde : “heureusement que tu as publié cette « nécro », sinon cette mort m’aurait échappé ! ” » L’homme en question, « Gob la godasse », était l’un des vendeurs les plus connus d’un marché dans le Finistère.

Parfois, les surnoms sont moins évidents. Dominique tente de deviner qui se cache derrière ces quelques lettres imprimées. Il s’interroge sur leur histoire, leur profession, se surprend à imaginer des parcours de vie : « Il m’arrive même d’être triste de ne pas savoir d’où viennent des surnoms que je publie. Je suis tombé sur un « maître saigneur », ce qui n’est pas banal. J’aime imaginer qu’il travaillait dans l’agro-alimentaire… »

De la tendresse pour les défunts

Ne venez surtout pas lui dire que son initiative est glauque. L’accusation est balayée d’un revers de la main. Surnoms Mortels, « c’est à la fois drôle, touchant et parfois totalement insolite. L’idée, c’est de se prendre d’affection pour ces personnes-là. » Parfois, Dominique est même « ému ». Il sourit, souvent, devant ces surnoms de femmes qu’on a dû beaucoup aimer puisqu’à leur mort, on se rappelle d’elles sous des pseudonymes particulièrement tendres.

Celui qui se cache derrière le compte se demande, parfois : « Et si un proche d’un défunt cité tombe sur son compte et est blessé ? » Sa seule réserve reste le cas où un proche serait affecté. Mais personne, pour l’instant, n’a trouvé à s’y plaindre. La tristesse et le deuil n’empêchent pas l’humour et la malice : sans en avoir la preuve formelle, Dominique est persuadé que certaines contributions qu’il reçoit sont envoyées directement par des membres de la famille des défunts.

LIRE AUSSI:  L’avis de décès : comment le rédiger ?

Cet article a été réalisé dans le cadre d’une session de formation au Centre de Formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ).

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