Valéria Milewski, biographe hospitalière : Chaque vie est un roman »

Elle était capable de pleurer devant une fleur qui pousse et n’était pas une habituée des hôpitaux et pourtant, un jour, l’idée de recueillir la parole des mourants a surgit comme un évidence. « Je suis quand même allée voir un psychologue pour m’assurer que mon projet avait du sens. Et j’en ai vite conclu que c’est tout un chemin de vie qui m’a entraîné sur cette voie. J’ai failli mourir et j’ai perdu mon papa très jeune. La mort ne m’est pas étrangère« . Très vite, elle réussit à convaincre le service de soins palliatifs de l’hôpital de Chartres et entame ses biographies, sans que la direction ne soit avertie. « Elle a découvert ma présence lors de la venue d’une équipe télévisée venue faire un reportage sur mon métier« , se souvient-elle amusée. Vite convaincue des bienfaits de cette action aussi bien sur les patients que sur l’équipe, elle devient en 2010, la première biographe hospitalière embauchée en CDI par une structure hospitalière ! 
Depuis huit ans, Valéria recueille ainsi la parole des personnes en fin de vie. Ce sont les soignants qui repèrent les personnes que cette expérience pourrait soulager. Après leur avoir expliqué la démarche, elles sont libres d’accepter ou pas de confier leurs souvenirs à Valéria. « J’ai été supervisé des années pour faire ce métier. Aujourd’hui, je ne le suis presque plus. Je suis peu impactée par les paroles que je recueille. Quand je quitte la chambre des patients, j’ai la faculté de passer à autre chose. Je suis une oublieuse« , avoue t-elle.
L’idée de Valéria n’en est pas restée là.  Au fil des ans, un besoin s’est dessiné. Elle a créé l’association Passeurs de mots, passeurs d’histoires, et un métier est né : celui de biographe hospitalier comme soin de support. Aujourd’hui, Valéria forme et accompagne les nouvelles plumes qui recueilleront les joies, les peines, et les messages que ces patients souhaitent transmettre avant de mourir. Ils sont 13 aujourd’hui à mettre leur plume au service des malades. « Les biographes ont une grande responsabilité de transmission en tant que citoyen et passeur. Qu’est ce que l’on fait d’un secret, d’un récit de viol, d’une parole très dure sur un enfant de la fratrie ?  Parfois, il faut atténuer des mots trop forts car ce livre va être transmis de génération en génération et la portée de la trace écrite est énorme. On écrit avant tout pour ceux qui restent. Quand on est confrontés à ce type de difficultés,  on se réunit avec le médecin, l’infirmier, le bénévole, la psychologue, et on entame une réflexion. Jusque-là, on a toujours trouvé une solution. »
Cette histoire, la famille la recevra sous forme d’un livre plusieurs années après. Le temps pour eux de cheminer dans leur deuil… Parfois deux ans ou cinq plus tard. « Quand les familles me le réclament avant, je les reçois et leur explique l’importance du temps. C’est très difficile quand son coeur saigne comme un geyser de lire ces mots. Ils font du bien quand on est consolidé. »
Valéria_Milewski
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