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Après les Pays-bas, la Belgique et le Luxembourg, l’Espagne devient le 18 mars 2021, le quatrième pays européen à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté sur son territoire.

Une large victoire

Cette proposition de loi, portée par le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, a été largement approuvée par la chambre parlementaire avec 202 voix sur 350 députés. Les élus s’y étant opposés sont principalement issus de la droite et de l’extrême droite.

La loi devrait entrer en vigueur d’ici juin 2021, remplaçant la peine de dix ans de prison, réservée aux personnes ayant assisté un suicide. Avec cette loi, l’Espagne légalise aussi bien l’euthanasie (lorsque la dose létale est injectée par le corps médical), que le suicide assisté (lorsque cette dose létale est injectée par le patient lui même). Mais comme ailleurs, ces procédures sont réservées à certains patients et dans des conditions strictes.


Euthanasie et suicide assisté : pour qui ?

La loi espagnole prévoit de donner accès à l’euthanasie et au suicide assisté seulement aux patients espagnols atteints d’une “maladie grave ou incurable”, ou présentant des “douleurs chroniques le plaçant dans une situation d’incapacité”. Ces démarches sont faites pour éviter aux malades d’avoir à subir “une trop grande souffrance”.

Euthanasie et suicide assisté, dans quelles conditions ?

Pour faire cette demande, les patients concernés devront être jugés “capables et conscients”, puis émettre une demande écrite exempte de pression extérieure. Une demande qu’il devra être reformulée 15 jours plus tard, toujours selon les mêmes conditions. Ces deux demandes seront évaluées par deux médecins, puis par une commission d’évaluation.

Néanmoins, même lorsque la loi sera en vigueur, n’importe quel professionnel de santé pourra refuser de pratiquer ces démarches sous prétexte “d’objection de conscience”.

Une victoire bien accueillie par l’opinion publique

Avec cette loi, « nous avançons vers une société plus humaine et plus juste (…) pour les personnes qui se trouvent dans une situation de grande souffrance et pour leurs familles », a déclaré la ministre de la Santé, Carolina Darias.

Si la France a été secouée par l’affaire Vincent Lambert entre 2008 et 2019, l’Espagne a, elle aussi, connu des tragédies similaires avec les cas de Ramón Sampedro ou Luis Montes. Le premier, devenu tétraplégique suite à un accident, s’est battu durant 29 ans pour obtenir le droit de mourir dignement. Ne l’ayant jamais obtenu, Ramón Sampedro se donna la mort en 1998 avec l’aide de onze amis.

Une histoire traduite sur grand écran par Alejandro Amenábar, notamment récompensé par l’Oscar du Meilleur Film international en 2004. Quant au cas de Luis Montes, ce médecin anesthésiste a été accusé d’avoir donné la mort à 73 patients en phase terminale. Deux affaires classées sans suite. Car tout comme en France, les cas d’assistance au suicide de personnes condamnées ou en grande souffrance et souhaitant mettre fin à leurs jours sont rarement condamnés par la justice.

La question de l’euthanasie continue à faire débat

Si la décision du gouvernement espagnol est globalement bien reçue par l’opinion publique, les partis de droite, d’extrême droite et catholiques restent opposés à cette loi. L’euthanasie « est toujours une forme d’homicide » et « plutôt que de défendre la vie », l’État « devient responsable de la mort infligée », a ainsi dénoncé la Conférence Épiscopale Espagnole. Pour sa part, la députée du parti d’extrême droite Vox, Lourdes Méndez Monasterio, a affirmé que l’adoption de cette loi était une « ignominie » et dénoncé « la culture de (…) la mort ». Les opposants à ces textes se sont d’ailleurs réunis devant la chambre des députés lors du vote final de ce 18 mars.

A lire : Euthanasie en France : un premier avis favorable des députés sur le sujet

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