« Être vivant et le savoir » : l’amitié au cœur de la mort

Ce documentaire à la première personne d'Alain Cavalier capte la fin de vie de son amie Emmanuèle Bernheim, frappée par le cancer alors qu'ils préparaient ensemble l'adaptation de son livre.
Être vivant et le savoir: un film sur la fin de vie vue par l'accompagnantAffiche d’Être vivant et le savoir d'Alain Cavalier

Un père qui souhaite en finir

La mort aime chambouler nos plans. Elle s’est jouée de celui d’Alain Cavalier, réalisateur de 87 ans, et cela a donné le film documentaire Être vivant et le savoir. Le cinéaste partage une amitié de trente ans avec la romancière et scénariste Emmanuèle Bernheim. Ensemble, ils préparent un film, d’après l’œuvre autobiographique de l’écrivaine Tout s’est bien passé. Dans ce livre, elle y raconte comment, à la suite d’un accident cardio-vasculaire, son père lui a demandé « d’en finir ». Alain Cavalier prévoit un dispositif simple : elle tiendra son propre rôle et lui, jouera son père.

Durant la préparation de leur rôle, les deux futurs acteurs connaissent des doutes. « J’ai consulté des hémiplégiques » pour jouer le rôle du père, confie Alain Cavalier au public lors de la présentation du film à Cannes, le 16 mai 2019. « C’était une sacrée paire de manche. Et je me suis dit : « est-ce que je ne serai pas grotesque. » Et elle avait une difficulté avec son physique. Je lui ai dit : « à chaque prise, vous regarderez sur l’écran et vous me direz si vous vous trouvez bien ou pas bien. » On était prêt à tourner et puis j’ai reçu un coup de téléphone. »

 

Etre vivant et le savoir : quand la mort redistribue les rôles

Au téléphone, la nouvelle tombe : Emmanuèle Bernheim annonce à Alain Cavalier qu’elle a un cancer. Elle est opérée d’urgence. Il faut reporter le film. Le projet prend alors une nouvelle tournure. Alain Cavalier filme, dès lors, à la première personne ce projet qui ne peut se réaliser. Le schéma reste le même mais les rôles s’inversent. L’octogénaire qui voulait se préparer au rôle de mourant devient l’accompagnant.

Dans Être vivant et le savoir, Alain Cavalier raconte « une sorte d’intimité amicale et intellectuelle, magnifique » comme il la décrit devant le public cannois. « Le film aurait pu s’appeler « Emmanuèle ». Emmanuèle que j’ai travaillée pour le film, je dis bien travaillée, je n’ai pas fait un portrait. J’ai fait une histoire de mes rapports avec elle. Un cinéaste avec un écrivain et qui se prenaient tous les deux pour des acteurs. »

Face à la sinistre ironie de la mort, Alain Cavalier accompagne son amie dans sa fin de vie, et ce jusqu’au dénouement inéluctable. Dans Être vivant et le savoir, il livre leur complicité, ses doutes, son impuissance, la fatalité. Emmanuèle Bernheim est morte le 10 mai 2017.

Présenté hors compétition au festival de Cannes 2019, Être vivant et le savoir sort le 05 juin 2019 en salles.

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