ICV : une thérapie pour retrouver le chemin de la vie après un deuil


L’ICV ou intégration du cycle de vie est une thérapie précieuse pour résoudre un traumatisme lié à un deuil.

En quoi consiste l’ICV ?

Le décès d’un proche entraîne parfois un traumatisme qui nous empêche d’avancer. Créée par une psychothérapeute américaine formée à l’EMDR en 2002, l’ICV, ou Intégration du Cycle de Vie, est une thérapie qui permet de reprendre contrôle sur vos souvenirs après un décès, en les assimilant à votre passé.  Avec votre thérapeute, vous écrivez une ligne du temps à partir de souvenirs marquants, heureux ou tristes, suite à la mort de votre proche.

Ces souvenirs sont ensuite lus par votre thérapeute tout au long des séances, en reprenant vos propres mots. Le but est de permettre à votre cerveau d’assimiler ces événements au passé, afin de vous en détacher et les vider de leur contenu traumatique. Car vous avez beau savoir que l’événement est derrière vous, votre corps et certaines structures psychiques, eux, ne le savent pas.


Deuil : en quoi l’ICV est une thérapie qui peut aider ?

L’ICV est recommandé en cas de deuils traumatiques, suite à une mort par accident ou par suicide par exemple. Des décès aussi brutaux entraînent souvent une dissociation, ce qui ne permet pas de lier ses sensations traumatiques avec un souvenir passé. C’est là le propre du traumatisme : le fait de ne pouvoir être intégré.

Suite à un accident de voiture par exemple, vous tremblez chaque fois que vous montez dans une voiture, même des années plus tard, ou encore lorsque 5 ans après le suicide d’un ami, lire son prénom dans le journal vous fait revivre la douleur liée à sa disparition.  L’ICV contribue ainsi à réunifier le psychique qui s’est dissocié lors du trauma en lui répétant jusqu’à ce qu’il l’intègre, les événements vécus et l’intègre ainsi dans le passé.

L’ICV est aussi recommandé dans le cas de deuil ancien, non résolus que l’on peine à dépasser, des années plus tard.

Comment se déroule une séance d’ICV ?

  • Contrairement à une thérapie classique, ce n’est pas vous qui allez parler, mais votre thérapeute.
  • La première séance, vous évoquerez le deuil qui vous amène à consulter.
  • Ensuite, vous serez amené à réaliser chez vous une ligne du temps qui servira de base à la thérapie. Cette ligne du temps comprend les souvenirs marquants d’avant, pendant, et après le deuil, qu’ils soient positifs ou négatifs.
  • Pendant les séances, votre thérapeute lira ces souvenirs à voix haute, en les répétant autant de fois que nécessaire, jusqu’à ce que leur évocation ne provoque plus de traumatisme en vous. “La répétition de ces souvenirs à voix haute envoie un signal à la mémoire traumatique, pour lui dire que cet événement est terminé, qu’il appartient au passé”, explique Sandra Audouin, psychologue formée à l’ICV à Garches. “Les répétitions permettent aussi de faire surgir d’autres souvenirs. Elles mettent en lumière des deuils plus anciens qui n’ont pas été faits et qui ont laissé des marques, inconsciemment”.
  • Si l’ICV vous fait moins intervenir que d’autres thérapies, vous n’êtes pas passif pour autant. Lors des pauses, vous êtes amenés à ajouter des éléments à votre ligne du temps, que votre thérapeute reprendra ensuite, en utilisant vos propres mots.

Combien coûte une séance ?

Comptez entre 60 et 80 euros pour une séance si vous habitez à Paris, et à partir de 50 euros pour la province.

ICV : quels sont les bénéfices de cette thérapie sur un deuil ?

Calme, prise de distance, apaisement : mes patients sont unanimes sur les bienfaits de l’ICV ”, souligne Sandra Audouin. “Bien que la thérapeute intervienne pour répéter la ligne du temps, c’est le patient qui fait le gros du travail. Et lorsqu’il peut mettre des mots sur son traumatisme avec justesse et de façon apaisée, c’est une grande victoire !”.

L’ICV aide en effet à prendre du recul face aux événements douloureux et à réguler ses émotions. Si elle n’efface pas la mort de votre proche, l’ICV aide néanmoins à vivre avec.

On voit vraiment un avant / après ICV”, témoigne la psychologue. En plus de réaliser votre lien au défunt et tout l’héritage qu’il vous a légué, la thérapie permet d’avancer dans votre deuil, et tous ceux que vous n’aviez peut-être pas pu faire auparavant.

Comment choisir un bon professionnel ?

L’association francophone d’ICV propose un annuaire des thérapeutes formés à l’ICV sur son site internet. Si vous cherchez un thérapeute spécialiste du deuil, effectuez notre parcours « Je vis un deuil » pour accéder à nos professionnels de confiance.

Le témoignage de Judith : « L’ICV m’a permis de revisiter mon lien avec mon père »

« Quand mon père est mort d’une crise cardiaque, j’avais 35 ans. Notre relation était très fusionnelle, trop : elle « dysfonctionnait » pas mal aussi. Le choc de sa mort a fait que je me suis dissociée. C’est un burn-out, trois ans après, qui m’a obligée à entamer le chemin du deuil. L’EMDR ne fonctionnant pas sur moi, ma psy m’a proposé de tenter l’ICV. J’ai accepté car j’ai une totale confiance en elle. Première impression : c’est une thérapie qui engage énormément. Remonter le fil de ses souvenirs, les positifs aussi bien que les négatifs, ça fait mal ! D’ailleurs, pendant cette année d’ICV, je sortais lessivée des séances. Mais elles m’ont permis de revisiter mon lien à mon père de manière très tangible et en profondeur, sans me sentir dépossédée de mon histoire puisque la ligne du temps est faite intégralement de mes propres souvenirs. Parfois en séance, certains étaient tellement douloureux, que ma psy devait revenir alors en arrière, et les lire à nouveau. Et il fallait parfois répéter l’opération dix fois ! Je m’étais habituée à l’absence de mon père, mais l’ICV m’a permis de faire beaucoup plus ! En mettant au clair celle que j’étais pour lui, ce qu’il représentait pour moi, et tout l’héritage symbolique qu’il m’a légué… j’ai enfin pu faire mon deuil. D’ailleurs, c’est seulement à ce moment-là que j’ai réussi à effacer son numéro de mon téléphone. Grâce à l’ICV, même mes relations à ma fratrie se sont recomposées. »

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