François Michaud-Nérard : “Les contrats obsèques ne tiennent pas compte du besoin des vivants”

Ex-directeur général des Services funéraires de la ville de Paris, François Michaud-Mérard est membre titulaire du CNOF (Conseil National des opérations funéraires). Il a écrit ou participé à une dizaine d’ouvrages sur la mort et le deuil et vient de publier Les cimetières : que vont-ils devenir ? À partir d’une enquête en Normandie, en France et ailleurs, avec Gaëlle Clavandier, sociologue et anthropologue, aux Edition Herman. 
Voici quelques extraits de cet entretien

“Il faut accompagner cette nouvelle spiritualité athée”

François Michaud-Nérard : “En France, nous assistons a un bouleversement des pratiques funéraire avec l’évolution de la crémation et des demandes de plus en plus nombreuses de cérémonies civiles. Avec la crémation, en une heure et demi, les familles voient le cercueil de leur proche se transformer en un petit pot de 3 litres. Ce n’est pas neutre d’un point de vue psychologique et elles doivent être bien accompagnées pour le vivre au mieux. Autre changement majeur : le recul des valeurs religieuses. 90% des Français ne sont plus pratiquants. Les familles optent de plus en plus pour des obsèques civiles, ce qui entraîne un véritable bouleversement anthropologique. Car elles ont besoin malgré tout de rites funéraires, indispensables pour marquer la séparation avec leur défunt. Il faut réfléchir à des lieux et former des célébrants pour accompagner cette spiritualité athée.”

“Les cérémonies civiles d’enterrement doivent être repensées !”

François Michaud-Nérard : “Je ne suis pas persuadé que le conseiller funéraire qui a vendu une prestation obsèques soit le plus à même de célébrer un moment de spiritualité. Cette cérémonie de passage doit, à mon sens, être menée par une personne qui représente la collectivité, la société avec un grand S.  Dans certains crématoriums, gérés en délégation, on trouve par exemple, des maîtres de cérémonie qui interviennent au nom de la collectivité. Des indépendants, spécialement formés à cette fonction, pourraient aussi tenir ce rôle.

Il va falloir repenser les cérémonies civiles. Il y a extrêmement peu de vrai maître de cérémonie en France pour animer ces célébrations laïques. La formation des maîtres de cérémonie se résume à 70 heures et 70 heures de pratique. Ça ne suffit pas ! Au même titre qu’un imam ou un prêtre étudie et se forme pour accompagner les familles, un maître de cérémonie devrait recevoir une formation qui mêle littérature, philosophie, psychologie, anthropologie et musicologie. Ces notions sont indispensables pour parvenir à donner du sens à cette étape cruciale. Malheureusement, les groupes funéraires, soumis à une concurrence économique exacerbée, ont de plus en plus de mal à mener des réflexions sur des prestations qui ne seront pas monétisables immédiatement.”

“Les rites funéraires ne s’inventent pas”

François Michaud-Nérard : “La cérémonie d’obsèques représente le dernier moment collectif solidaire avant un cheminement très solitaire dans le deuil.  Ce cérémonial répond à des rites bien établis. On ne peut pas faire n’importe quoi et transformer une cérémonie civile en un enchaînement de discours. Ce serait dangereux ! Les rites ne s’inventent pas. Il faut imposer un certain nombre d’étapes aux familles. Le fait de passer par les mêmes chemins, par lesquels d’autres sont passés et s’en sont sortis, est quelque chose de fondamental pour rassurer et accompagner les proches du défunt dans leur processus de deuil.”

“Les contrats obsèques ne tiennent pas compte du besoin des vivants”

François Michaud-Nérard : “Aujourd’hui, les publicités pour les contrats obsèques encouragent les gens à s’occuper de leurs funérailles de leur vivant, pour ne surtout pas peser sur leurs enfants ou petits-enfants. Mais s’occuper des obsèques de ses parents est un devoir sacré et fait partie des étapes du processus de deuil. Il est impossible pour les personnes qui anticipent leurs propres obsèques de se projeter dans les besoins de ceux qui restent. Or, les rites funéraires sont utiles pour les vivants et non pour les morts. A titre d’exemple, 60% des personnes qui optent pour une crémation disent souhaiter une dispersion des cendres. Or, on se rend compte que les familles préfèrent souvent les inhumer. Ils ont besoin d’un lieu de recueillement”.

“Je crois beaucoup à l’avenir des cimetières écologiques”

François Michaud-Nérard : Le cimetière est un lieu extraordinaire pour la société. C’est, pour l’ensemble des citoyens,  l’endroit où reposent tous les citoyens qui les ont précédés. Il inscrit les défunts dans l’histoire et représente un lieu transitionnel pour le deuil. Encore faut-il les entretenir, les mettre en valeur et permettre de les visiter. Il faut réfléchir davantage à l’intégration des cimetières dans la vie de la ville.

Je suis rapporteur du groupe de travail du CNOF (Conseil national des Opérations funéraires) sur les nouveaux modes de sépulture. Je crois beaucoup à l’avenir des cimetières écologiques comme le projet de la forêt cinéraire d’Arbas (Haute-Garonne), en attente d’un accord d’une décision du Ministère de l’intérieur, pour être lancée. Il y a une demande sociale pour ce type de prestations. Si les collectivités ne sont pas capables de s’ouvrir sur ce type de propositions, il faudra sans doute autoriser l’initiative privée et faire évoluer la loi. Je trouve regrettable qu’un tel projet n’existe pas sur Paris, alors que les espaces verts comme le Bois de Boulogne ou de Vincennes ne manquent pas. Actuellement en France, seules la crémation et l’inhumation sont autorisées. Des modes de sépulture comme l’humusation et l’aquamation sont sans doute à étudier pour leurs vertus écologiques.

“Le cercueil en carton devrait davantage être utilisé dans le cadre d’inhumation”

François Michaud-Nérard : “Pour l’instant, le cercueil en carton est proposé essentiellement pour la crémation. C’est regrettable. Il aurait un vrai intérêt pour les juifs et les musulmans qui, par leurs traditions, souhaitent être enterrés à même la terre. Le cercueil en carton représente une enveloppe beaucoup plus fine et fragile que le cercueil en bois. Certes, ce n’est pas le procédé le plus écologique. Une étude menée par la Fondation des services funéraires de la Ville de Paris a prouvé que dans le cas d’une crémation, le cercueil en bois était plus écologique.  Mais soyons clairs, la différence entre les deux est extrêmement faible.

A l’heure actuelle, le mode de sépulture le plus écologique et le moins onéreux est l’inhumation en terrain commun sans pierre tombale. Sur le plan écologique, les monuments funéraires sont une catastrophe ! J’ai en tête l’exemple de blocs de granit, extraits dans le Tarn, expédiés en Chine pour être débités en pierres tombales et ramenés en France ! Il faudrait éviter les pierres tombales, absolument abominables, et uniformes dans les cimetières pour laisser la nature prendre le dessus et développer des stèles plus artistiques.”

 

 

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