Les sénateurs veulent encadrer la thanatopraxie

Ce mercredi, les sénateurs ont présenté 58 mesures pour encadrer la pratique de la thanatopraxie, ces soins pratiqués sur le défunt en vue de le présenter à la famille. Objectif : protéger les familles en limitant les abus des professionnels.
ThanatopraxieCrédit : Tibo InShape sur Youtube

Des familles qui n’ont pas souhaité revoir leur proche décédé dans son cercueil et qui ont pourtant payé des soins de thanatopraxie, ces soins post mortem visant à donner belle allure au défunt, il y en beaucoup. Sûrement trop. En France, on en a pratiqué environ 240 000 en 2018, ce qui concerne 39 % des défunts. Par manque de temps et d’information, les familles signent pour une « thanatopraxie » sans trop savoir ce que cela recouvre. Et certains professionnels profitent de la situation. Pour stopper les abus, les sénateurs ont présenté, ce mercredi, 58 mesures pour encadrer la pratique de la thanatopraxie.

La thanatopraxie, un acte intrusif

Rappelons-le, la thanatopraxie, nommée aussi soins de conservation, consiste à prodiguer des soins au défunt pour retarder la décomposition du corps et le rendre plus présentable à sa famille. Mais cette technique est loin d’être anodine. C’est un acte intrusif. « Le thanatopracteur va procéder à des incisions à la carotide et au sternum, puis y introduire des tuyaux en inox », nous raconte l’anthropologue spécialiste du funéraire, Manon Moncoq.  « L’un servira à injecter des produits pour fluidifier le sang et tuer les bactéries. L’autre aspirera le sang et les autres liquides corporels, un peu à la façon d’une liposuccion sauf que le tuyau est plus gros. Pour être efficaces, on règle les pompes des machines si fort que la cage thoracique du défunt claque par moment. C’est très impressionnant ! Une fois terminé, le praticien va reboucher les incisions et les orifices (narines, oreilles, bouche, anus, vagin) avec du coton et les recoudre ou les coller pour empêcher les écoulements. Il place aussi une coquille sous les yeux pour qu’ils restent bombés. » On est très loin d’un simple maquillage ou d’une toilette !

Une pratique nocive pour l’environnement

On utilise pour la thanatopraxie des produits hautement toxiques et cancérogènes, et un en particulier : le formaldéhyde. Ce produit retarde la dégradation des cellules mortes. Il représente un danger pour le thanatopracteur qui manipule le corps, mais également pour la famille en cas de pratique du soin à domicile. « Lors d’un soin de conservation, on injecte dans le corps une quantité conséquente de formaldéhydes », souligne l’anthropologue, Manon Moncoq, qui écrit actuellement une thèse sur les funérailles vertes. « Quand on l’inhume, le corps se dégrade et les produits chimiques injectés se diffusent progressivement dans la terre et les nappes phréatiques. Si on multiplie par le nombre de personnes qui ont reçu ces soins de conservations, cela pose un vrai problème environnemental. » Le rapport du Sénat préconise de lancer un programme public de recherche sur les produits de substitution au formaldéhyde.

Trop de familles signent sans savoir 

Certains acteurs du funéraires profitent du manque d’information du public. Pensant signer pour une simple toilette mortuaire, des familles peuvent se voir facturer une thanatopraxie. Parfois c’est l’inverse, des professionnels proposent sous l’appellation de « thanatopraxie » des soins non intrusifs comme le coiffage ou le maquillage qui devraient coûter moins.

« Il y a une énorme confusion entre les types de soins, ce qui mène à un problème de prix pour les familles », explique à l’AFP le rapporteur de la mission sénatoriale, le sénateur PS du Loiret, Jean-Pierre Sueur. En effet, une thanatopraxie coûte en moyenne entre 300 et 500 €, contre 80 à 250 € pour une toilette mortuaire. Les sénateurs proposent de clarifier la définition légale de la thanatopraxie et distinguer dans les devis le coût des toilettes funéraires, des soins de présentation et de la thanatopraxie. Ils souhaitent aussi garantir le libre choix des familles de recourir aux soins de conservation.

Pour garantir l’effectivité de ces propositions, elles s’accompagneraient d’outils de suivi et de contrôle de la thanatopraxie pour les pouvoirs publics.

Dans l’ensemble, cet encadrement devrait apporter plus de protection aux familles endeuillées et améliorer leur confiance dans le secteur funéraire.

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