Sophie Calle : la mort au cœur de ses œuvres

La mort est omniprésente dans le travail artistique de Sophie Calle. De la disparition filmée de sa mère à l’album musical postume dédié à son chat, elle ne cesse de se questionner sur notre finitude.
sophie calle tombeCrédit : RTS

Sophie Calle album SourisElle a dédié un album musical à son chat décédé

Après 17 ans de vie commune, Souris, le chat de Sophie Calle s’est éteint en 2014. Ce jour-là, la chanteuse Camille était présente et avait chuchoté une chanson à l’oreille de Souris. L’idée est née ainsi et l’artiste a décidé de lui rendre hommage à travers un album intitulé Souris Calle. Ce projet a vu le jour avec l’aide d’une quarantaine d’artistes dont Pharrell Williams, Juliette Armanet, Bono, Miossec. Ils se sont tous prêtés au jeu en composant un morceau original pour Souris. Une façon d’exorciser la douleur du deuil, provoqué par la mort du « chat de sa vie ». 

Sophie Calle Elle a filmé les derniers instants de la vie de sa mère

Sophie Calle a immortalisé les derniers moments de la vie de sa mère à travers un film. Pendant trois mois, une caméra était posée au pied de son lit avec son accord, comme l’explique l’artiste : « Quand j’ai posé la caméra, c’est elle qui s’est exclamée « Enfin ! Elle me reprochait de ne pas avoir fait d’elle le personnage principal d’une de mes oeuvres. Même mourante, elle avait gardé ce désir (…) », explique Sophie Calle sur France Culture, en février 2019.
Pensant que sa mère pourrait avoir une dernière chose à lui dire avant de s’éteindre, Sophie Calle est restée à ses côtés jusqu’à la fin. La volonté finale de sa mère était d’écouter un morceau de Mozart. C’est lors de ces onze minutes qu’elle est décédée, sans que Sophie Calle ne s’en rende compte.

Sophie CalleElle a déjà acheté sa tombe dans un cimetière

La mort est quelque chose qui se prépare pour Sophie Calle. Elle s’interroge déjà sur son lieu de repos éternel. Ayant vécu quelques années dans un village au nord de la Californie, elle est tombée sous le charme d’un cimetière. C’est justement là-bas qu’elle a acheté son « trou ». Idéalement, elle aimerait être enterrée au cimetière de Montparnasse. Un lieu familier qu’elle traversait quatre fois par jour pour aller à l’école enfant. Malheureusement, les lois en France interdisent d’acheter des tombes en avance, faute de places. Or, ce qui intéresse Sophie Calle, c’est d’occuper artistiquement sa tombe avant de mourir et « de tourner autour de son vivant (…).  Pour ça, elle se contentera de sa tombe aux Etats-Unis.

Sophie Calle

Elle nous a interrogés sur ce que nous faisons de nos morts

Mais que fait-on quand on perd un proche ? Sophie Calle nous a posé la question et en fait un livre : Que faites-vous de vos morts ?. Pour réaliser ce projet, elle a invité les visiteurs de l’une de ses expositions à répondre anonymement à plusieurs questions sensibles : Dans votre agenda, vous écrivez « mort » à côté du nom ? Vous dessinez une croix, une tombe ? Vous ajoutez la date du décès ? Vous raturez ? Vous recouvrez le nom avec du Tipp-Ex ? Vous ne faites rien ? Vous avez une méthode personnelle ?… L’ouvrage compile les réponses tantôt touchantes, tantôt ironiques.

Elle a mis en scène sa propre disparitionSophie Calle

Elle a demandé à son amie Serena Carone, artiste plasticienne de lui créer son tombeau. Cette dernière a sculpté une statue de l’artiste, entourée d’animaux naturalisés. Chaque bête représente un proche disparu de Sophie Calle. L’artiste a d’ailleurs émis le souhait que ces animaux la rejoignent dans sa tombe après sa mort. Décidément, elle ne laissera rien au hasard : Sophie Calle avoue écrire « environ un testament par jour »…

Elle a photographié son père sur son lit de mortSophie Calle

Contrairement à sa mère, le père de Sophie Calle n’aimait pas être au centre de l’attention. « Mon père n’aurait pas aimé que je le filme. J’aurai fait ça contre lui et pas avec lui… », confiait-elle au micro de France Culture en février dernier.
Travailler sur la mort de son paternel était donc beaucoup plus complexe : « j’ai demandé à mon père s’il me permettrait de le photographier une dernière fois et il a murmuré : «  alors mes mains… ». Voilà la dernière image qu’elle a prise de lui.

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