Comment parler des attentats aux enfants ?

Plus qu’à l’attentat en lui-même, les enfants sont réceptifs à l’angoisse de leurs proches. Les parents doivent donc être vigilants et gérer leurs propres inquiétudes quand il s'agit de leur parler des attentats. Les conseils de Hélène Romano, psychologue spécialiste de la prise en charge des blessés psychiques, pour nous aider à bien réagir.
parler des attentats@Benjamin Manley on Unsplash

Happy End : Doit-on parler des attentats aux enfants ?

Hélène Romano : En tant que parent, on peut être tenté d’occulter les événements dramatiques qui viennent de se dérouler, en espérant que l’enfant n’ait pas été mis au courant. Mais il est préférable d’accepter de leur parler des attentats pour différentes raisons. D’abord, on protège un enfant avec la vérité. Car celle-ci a des limites, contrairement à l’imaginaire. Ensuite, peu de familles sont coupées du monde : il y a donc de forte chances que votre enfant ait vu ou entendu des informations. Et si ce n’est pas le cas, il perçoit forcément votre inquiétude. Je recommande donc de lui dire et lui expliquer avec des mots simples ce qu’il s’est passé, qui a agi, et pourquoi. Assimiler le terrorisme à la mort et à quelque chose de négatif est primordial. Cela permet d’inculquer à l’enfant des notions et des valeurs. Notre société vit aujourd’hui avec la menace terroriste. Nous ne pouvons l’occulter, et faire comme si elle n’existait pas. Ils sont capables d’entendre que nous ne vivons pas dans un monde de Bisounours. Leur parler des attentats et des actes des terroristes leur permettra de mettre des mots sur leur peur.

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Happy End : Comment leur parler des attentats en fonction de leur âge ?

Hélène Romano : Avant de parler des attentats à vos enfants, commencez par leur demander ce qu’ils ont vus, ce qu’ils ont compris des attentats, ce qu’on leur a expliqué à l’école. Puis, reprenez ces éléments et expliquez-leur les événements. Il n’y a pas de sujet tabou, et il est important d’utiliser les bons termes même pour un enfant de 3 à 4 ans. Un terroriste n’est pas simplement un méchant. Un camarade peut être méchant, la maîtresse d’école peut être méchante, un terroriste, c’est un très très très méchant. Très tôt, on peut utiliser le mot « terroriste ». Et dire : « cet homme a tiré sur les gens car il ne supporte pas que d’autres aient des idées ou une religion différente de la sienne ». Je me souviens d’un petit de maternelle qui avait transformé le mot terroriste en « Terrotriste », ce qui prouve qu’il avait bien intégré l’idée : quelqu’un qui fait du mal et rend triste.

 

Happy End : Suite aux attentats, si mon enfant a du mal à se coucher le soir ou fait des cauchemars, comment réagir ?

Hélène Romano : C’est une réaction tout à fait normale. Il est important de rappeler aux enfants qu’ils ne seront jamais seuls et qu’il y aura toujours quelqu’un pour veiller sur eux. Suite à ce type de drames, les parents eux mêmes sont anxieux. Après les attentats de Paris, de nombreux parents ont dormi avec leurs enfants pour les rassurer mais aussi pour se rassurer eux-mêmes. Une nuit avec papa et maman peut aider l’enfant à se sentir en sécurité. Nier sa souffrance et sa peur peut la transformer en terreur ou en effroi. Il est important d’autoriser l’enfant à mettre des mots sur son inquiétude pour l’aider à s’en libérer. S’il est sujet aux cauchemars, lui offrir ou fabriquer avec lui un attrape-rêves peut l’aider à en venir à bout.

Happy End : Si mon enfant me demande si notre famille peut être touchée par les attentats, que lui répondre ?

Hélène Romano : Un enfant ne pose jamais de question « gratuitement » ; il a toujours déjà élaboré une théorie. Le plus simple est donc d’essayer de comprendre ce qu’il pense et de le laisser exprimer ses inquiétudes, ses théories, ses interrogations avant de lui répondre. Très souvent, quand il pose cette question, c’est qu’il pense que oui. Lui répondre « non » serait rassurant pour lui comme pour nous, mais nous savons bien que nous n’en n’avons aucune certitude. Le mieux est donc de le rassurer sur le fait que nous espérons de toutes nos forces que notre famille ne sera pas touchée mais que quoi qu’il arrive, il ne sera jamais seul. C’est aussi une façon de lui apprendre que la vie ne se résume par à du bonheur et à des choses faciles…

Happy End : Peut-on laisser nos enfants regarder des images des attentats à la télévision ?

Hélène Romano : Voir des images des attentats peut être très traumatogène ou anxiogène. L’image n’a pas de filtre. On ne peut pas savoir ce que l’enfant a compris, ni ce qu’il a ressenti en les voyant. En les visionnant à la télévision, ces images violentes entrent dans son intimité. S’il en voit, il est donc important de décrypter ces images, de leur donner du sens. Je connais des enfants qui ont vu les images de Mohammed Merah à moto, en boucle à la télévision. Par la suite, dès qu’ils voyaient un motard avec un casque dans la rue, ils craignaient que ce soit un terroriste. Il est important d’être réceptif à leurs angoisses. Il ne faut pas se moquer de leur peur, ni la banaliser ou être dans le déni. Le dialogue est primordial.

Deux livres de Hélène Romano pour vous aider : « Quand la vie fait mal aux enfants : séparations, deuils, attentats« , éd. Odile Jacob, 21,50 € et pour vos enfants : « Après l’orage« , un livre illustré pour expliquer les attentats à nos enfants, 15 €. 

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