A 39 ans, comment j’ai organisé mes obsèques minimalistes et écologiques

Après avoir dû organiser les obsèques de son père sans directive, Laetitia Royant a choisi d'anticiper son propre enterrement. Cet écrivain publique et biographe s'est alors plongée dans l'univers du funéraire. Une enquête dont elle a tiré un guide précieux.
enterrement écologique@Laetitia Royant

« J’ai décidé d’organiser mes obsèques de mon vivant suite à la mort de mon père. Il est parti subitement il y a six ans et demi. Il vivait seul et étant l’aînée de la famille, cette tâche m’est revenue naturellement. Il n’avait laissé aucune directive. Comment m’y prendre ? Quels étaient les délais ? A quoi étions-nous contraints ? Je ne m’étais jamais intéressée au sujet. Quand le directeur des pompes funèbres m’a expliqué que je devais me décider vite et payer dans la journée, un énorme stress s’est ajouté à ma peine. C’était un chantage inacceptable. Nous n’avions pas l’argent et n’avions d’autre choix que de faire un crédit pour financer son enterrement. Par chance, nous avons découvert le lendemain qu’il avait contracté un capital obsèques. Un soulagement.

Une cérémonie animée par nos soins
Sans souhait de sa part, j’ai décidé d’écouter mon intuition. J’ai improvisé un enterrement laïque sans maître de cérémonie. Les pompes funèbres ont eu la finesse d’accepter notre choix. Laisser parler quelqu’un qui ne connaissait pas mon père pour ses obsèques n’avait aucun sens. Ça aurait tout gâché. Les gens ne savent pas que rien ne les contraint à ça. Les obsèques de mon père ont été un déclic. S’il m’arrivait quelque chose, je ne voulais pas imposer autant de stress et de tristesse à mon mari. J’allais prendre les choses en main. Je voulais un enterrement minimaliste et écologique.

Un cercueil en carton, pourquoi ça ferait pauvre ?
Quand j’ai évoqué l’idée d’un cercueil en carton, j’ai eu droit à de surprenantes réactions de mon entourage. On m’a dit : « Ce n’est pas très chic » ou encore « t’as pas peur que ça fasse pauvre ? » Mon souci de l’écologie ne collait pas avec le fait d’utiliser un cercueil en bois « noble » venu du bout du monde… Surtout pour être brûlé deux heures après la cérémonie… J’ai appelé le crématorium de Biarritz et découvert qu’il refusait catégoriquement les cercueils en carton. Une décision illégale (puisque la loi leur impose de l’accepter) mais ça, je ne le saurai que des années après. En réalité, leur refus est motivé par une plus grande lenteur de la combustion. Ça ralentit leur flux de travail… J’aurai pu me battre… Mais ne voulant pas imposer à mon mari une situation compliquée, j’ai opté pour un cercueil en bois de pin brut, un modèle premier prix qui réduit fortement mon impact sur l’environnement.

Tout est déjà signé et décidé pour mes obsèques
Je me suis rendue dans une agence de pompes funèbres à qui j’ai expliqué mon projet. La cérémonie aurait lieu chez moi, sans maître de cérémonie. J’ai pu constaté, en accompagnant des membres de ma famille décédés, qu’ils se passaient beaucoup de choses lors d’une veillée mortuaire dans les trois jours qui suivent la mort. Une communion impossible à avoir en trente minutes dans un funérarium où des dizaines de familles défilent chaque jour. J’ai également exclu les soins de thanatopraxie, extrêmement polluants, et les fleurs. Je serai nue, juste recouverte d’un tissu. L’agent des pompes funèbres a accepté mon projet dont le coût s’élevait à 2 200 €. J’ai payé comptant et ai pu bénéficier d’une réduction de 600 euros. J’ai aussi écrit mes dernières volontés. J’ai rédigé le texte d’ouverture de cérémonie, choisi trois morceaux de musique que j’apprécie particulièrement et indiqué dans quelle forêt je souhaitais que mes cendres soient dispersées. Tout est rangé dans un tiroir et j’en ai envoyé une copie à un quelqu’un qui m’est cher.

Ma démarche a bousculé mes proches. On peut parler de sa mort théorique mais dès qu’on l’aborde de façon pragmatique, ça inquiète. Comme si on allait déclencher un malheur… Les mentalités évolueront, j’en suis certaine. Depuis que tout est réglé, je me sens libérée d’un poids. Je sais que je ne laisserai pas un fardeau émotionnel à ceux que j’aime… »

Laetitia Royant a co-écrit « Funérailles écologiques, pour des obsèques respectueuses de l’homme et de la planète », avec Brigitte Lapouge-Déjean, éd. Terre Vivante, 25 €. Réglementation, choix du cimetière et du mode de financement, organisation de la cérémonie… ce guide pratique vous donne toutes les clés pour l’organisation de funérailles écologiques.

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